SONNET CLXI
Vous êtes le Dieu tort et le Dieu des batailles, Éternel, et c'est vous qui, ceignant à Japhet Le glaive qui de Sem a puni le forfait. Endurcîtes au sang ses mains et ses entrailles.
l*our garder leurs tribus et leurs saintes murailles. Des brames, des rabbins la voix fut sans effet, Et le pâle vengeur a dit : Mon œuvre est fait. De ses yeux tomberont les dernières écailles.
Vos mystères, Seigneur, et la guerre en est un, Ne nous sont révélés qu'au moment opportun ; Vous possédez le but en ouvrant une voie.
Nous savons seulement, et pour nous c'est assez, {)uo vos fléaux ne vont (pi'où votre œil les envoie : ^'o^s lie détruisez point ceux fjue vous [^unissez.
SONNET CLXll.
Vers les mois tle septembre ou de mars, dans la brume , On voit souvent des jours s'éteindre tout entiers, Et quelquefois, à Theure où rentrent les bouviers, On voit rougir le soir sous le brouillard qui fume.
Le ciel en un clin d'œil s eclaircit et s'allume. Le soleil, comme un roi couronné de lauriers. Sous un dais d'écarlate apparaît. Ses coursiers Sont couchés à ses pieds dans la sanglante écume.
La terre, saluant le vainqueur radieux.
Suspend à son triomphe et les cœurs et les yeux Oublieux jusque-là de sa course sublime;
Et, lorsqu'il disparaît, de sa gloire entouré, Longtemps, comme au-dessusd'un tombeau magnanime A l'horizon encor flotte un voile empourpré.
SONNET CLXIll.
Ainsi Nécessité, de son poignet de 1er, Sur l'arène du sort, où meurt la poésie. Clouant le char lancé de notre fantaisie, Vient entraîner le champ qui nous était offerL
Quoi, ne jamais souffrir que ce qu'on a souflerl, Et vieillir sans retour, l'àme d'ennui saisie, Quand peut-être, du ciel d'Amérique ou d'Asie, A nos jours rajeunis souriait Lucifer !
-Mais ne blasphémons pas. C'est toujours de nos crimes. Lorsque nous nous plaiguons,que nous sommes victimes. Dans ses rigueurs surtout Dieu doit être adoré.
Ils sont encor ses fils ceux que sa main châtie : Tant que nous la sentons sur nous appesantie. Notre éternel salut n'est pas désejjpén''.