A M. LE M'5 A. DE BELLOY
Nous voici l'un et l'autre à ce point de la vie, Où, pour se recueillir, on s'arrête un moment ; Réflexion sévère, et qui doit justement, Sous ses décisions, tenir l'îlme asservie.
.\ tous ces plaisirs faux que plus jeune on envie. Au désir qui nous trompe, k l'espoir qui nous meni, Notre pensée oppose un long détachement. Et, si d'un seul regret elle était poursuivie.
Ce serait pour l'amour, précieux souvenir. Ah ! sans le regretter, nous pouvons le bénir : Il nous apprit l'oubli des choses de la terre;
Frère, mais ce n'est l;'i que le [M^micr jalon D'une route inlinie où tout devient austèr<\ 1.1 nH)nfa<zne à présent nous dérobe au vallon.
SONNET CLXM
Au banquet des élus celui qui se prépare,
De la robe de lin s'il ne peut se vêtir.
Doit prendre pour manteau la pourpre du martyr.
Dans un pareil festin qui pourrait être avare?
Et tant que de la foi Ton voit rougir le phare, Que l'on entend gronder la voix du repentir, Jeunesse, espoiti', trésors, tout peut s'anéantir : Ce naufrage, un seul jour, un instant le répare.
Que notre nudité, triste et honteuse à voir, Ne nous fasse donc pas hurler de désespoir : Le Seigneur est toujours plein de miséricorde ;
Mais versons à ses pieds, comme un flot renaissant. Les larmes de notre âme, afin qu'il nous accorde Le vêtement royal de notre propre sang.
SONNET CLXVll.
L'homme qui, d'une chaste et fervente prière, Chante ce grand cantique où Moïse est ï'Aleph, Ov\ saint Jean est le Thau, bientôt, comme une nef. Voit son âme s'ouvrir et s'emplir de lumière.
Un ange descendu de la demeure altière Vient du double rayon lui rehausser le chef. Dieu répond à sa voix, et, semblable à Joseph, Il lit dans les secrets de la nature entière.
0 Livre, et cependant on doit avec terreur Soulever tes feuillets oi'i l'impuissante erreur N'a cherché trop souvent que la lettre qui tue.
Toujours des soins sacrés celui qui vit proscrit Tombera foudroyé sous l'implacable nue, S'il touche seulement à l'arche de 1 Esprit.
SONNET CLXYlll.
l*our arriver au vice il ne l'aut point frélude : Sans mesurer des yeu\ cet abîme profond. En se laissant aller, on est bientôt au fond ; Mais comme remonter est une tâche rude !
A travers les buissons qu'enlace l'habitude, En détours superflus longtemps on se morfond ; Puis les hommes sont là qui raillent, et qui font Fuir tes anges sauveurs, ô sainte solitude !
Autour de notre esprit alors l'affreux ennui, Comme un manteau de plomb, étend sa froide nuit, Que tachent par instants quelques lueurs funèbres.
0 force, ô volonté, c'est à vos bras puissants. Magnanimes vertus, de vaincre ces ténèbres, Où s'agitent encor les reptiles des sens !
SONNET CLXIX.
Vous qui fûtes bénie entre toutes les femmes, Vaisseau d'élection, mère du Rédempteur, Eve spirituelle, amour, grâce, candeur, Blanche porte du ciel, étoile aux chastes flammes,
Marie, ô Vierge sainte, aidez aux pauvres âmes. Ouvrez-nous vos trésors d'inefl'able douceur. Tendez vos mains vers nous, et, sur notre frayeur, Épanchez vos regards, mystérieux dictâmes.
Nous avons bien péché ; mais nous avons soufl'ert ; Mais nous sommes les fils de votre (ils offert En holocauste à Dieu pour toutes nos souillures :
Et, lorsque ce beau sang, nous arrosant en vain,
Ne peut verser son baume au fond de nos blessures^
\(iusles i>urifiez à votre lait divin.
— Hô —