SONNET CXCIX
En suivant les détours de la belle forêt, Belle, n'avez-vous point, aux pieds de quelque chêne, Vu le fantôme assis de ma jeunesse vaine, Exhalant du passé l'inutile regret ?
Oh î que de jours perdus, et que d'ennui secret ! Que de soupirs au vent, de circuits sur l'arène! Mais votre pas divin l'émeut, et de sa peine. Seul, un si doux murnuire aussitôt l'a distrait.
Interrompant su plainte et son chant monotone, Il a senti, malgré les rigueurs de l'automne, De son cœur oublié s'entr'ouvrir le cercueil ;
Il invoque le temps que nulle voix n'arrête. Et vous suit du regard, épris d'un nouveau deuil. Quand vous avez passé sans retourner la tète.
SONNET ce.
D'amor spesso rileggo i degni canli Che'n lodar sempre onesta aima beltade, A nobil gente ed a miglior etade, Vati eccelsi sonaron si costanti.
In fiamma e'n gelo i'seguo i passi snnti, Fra lo sdegno agitato e la pietade :
Cosi, girando per le sacre strade.
Al cor m' infundo i benedetti pianti.
Già con sospiri i bei nomi io ridico, E degli occhi soavi veggio i rai, E délie chiome l' auro folgorare.
Poi, la mia mente, tulta dal nemico Mondo divisa, ascolto mormorare Canti cbe fuor non s'udiranno mai.
HHYTHME XXIII.
Le ciel est gris; la pluie Un inst«int ne s'essuie :
Il faut vers le foyer Se reployer.
Où ces belles journées, D'un beau ciel couronnées, Dont l'automne dorait Chaque forêt?
Par les routes jonchées, Où sont les chevauchées Bruissant autrefois Au sein des bois?
Les longues promenades, Qui des feuilles nomades Traînaient sur leurs sillons Les tourbillons?
Et des vives bourrasques Les cascades fantasques, Montrant les arbres ceints De blonds essaims?
Avec les chants bizarres Qu'en ces promptes bagarres Les sylphes qui venaient Nous apprenaient?
Les châtaigniers superbes Agitaient dans leurs gerbes Des rameaux sibyllins; Et les ravins,
Aux taillis, aux futaies.
Irradiaient leurs baies
De pourpres et de l'eu\ Harmonieux,
Leur toit qui se délabre
En lambeaux de cinabre
Pendait, ou bien encor
En réseaux d'or,
Comme d'un incendie, La nature enbardie Allait mettant dehors Tous SCS trésors.
Les ronces aux mains brusque> Les pimpantes lambrusques Diapraient leurs couleurs, Comme des fleurs;
Et les rubis et l'ambre, Au branle de novembre, Pleuvaient des fronts altiers Sur les sentiers.
Puis, quand montait la brume Que la soirée exhume.
Quels nombreux et charmants Déguisements !
Que de roses mourantes, De splendeurs expirantes.
D'éclairs inaccomplis, En ces replis !
Que de vagues sans trêve, De formes comme en rêve.
Dont fuyaient les tableaux A peine éclos !
Les elves, dans ces ondes, Venaient mener leurs rondes,
— I7G — Noyer leurs blonds cheveux Kt leurs yeux bleus.
Ki des jeunes années, Et des fleurs moissonnées Les fantômes mouvants, Avec les vents
Passaient, et dans la l)ise, Leur antienne indécise D'une douce langueur Touchait le cœur...
Mais la nature terne A présent se gouverne, Dans cet écroulement, Tout autrement.
L'averse intempérante
L'envahit et présente
Ses herses au regard,
De toute part.
Déjà pareille encombre M'a changé, sous son ombr( De mes jeunes printemps Les frais instants :
En sorte que l'année.
Aux trois quarts hivernée, Sans aube ni déclin Court à sa fin.
Plus de tièdcs haleines, De courtoises semaines, De ces demi-soleils Doux et vermeils.
Ah ! les jours de tristesse Hestent, dans la jfîunesse,
De rayons espérés Tout éclairés.
Mais de ceux-ci, j'y pense, N'est-ce plutôt l'absence Qui vient pour moi des jours Fausser le cours?
La brume qui m'irrite Peut-être bien n'babite Qu'en mon cœur et mes yeux...
Suis-je si vieux?