SONNET CCV
Sous des barreaux de fer le lion renfermé. Le lion souverain, à l'œil triste et terrible. Et qui, vaincu, se sent en lui-même invincible. En stériles efforts ne s'est point consumé :
Sans vouloir s'agiter et conune accoutumé, Il s'assied; sous son poil rentre l'ongle infaillible, Qu'on n'affrontera pas, et sa ride inflexible Ne dit rien des fureurs dont son cœur est armé.
Quelquefois seulement, quand l'odeur de l'orage Vient remuer ses flancs, magnifique et sauvage. Il se dresse, et dans l'air étend sa grande voix.
Ses geôliers ont frémi. Lui, de nouveau s'affaisse. Il n'a pas pour longtemps à supporter leurs lois : Il éloiiffe. el la morl vn finn- sa détresse.
SONiNET CCVI.
N'esl-il donc pas venu d'une semence liuniaine, Et nVt-il pas été comme un autre conçu Dans les flancs d'une femme? Au terrestre domaine, Ainsi qu'un étranger, pourquoi l'a-t-on reçu?
Partout où son regard se fixe ou se promène, Il retrouve un sentier d'où son espoir déçu A repoussé ses pas. Quelle envie inhumaine D'un piège si cruel a serré le tissu?
Il n'a rien eu des fleurs que le printemps moissonne. Ni des dons de l'été, ni des fruits de l'automne ; 11 a vu jusqu'au roc son terrain dévoré,
Et, lorsqu'ont disparu les torrents des montagnes, La mamelle des eaux qui nourrit les campagnes. S'est tarie au soleil et n'a rien réparé.
SOiNNET CCVII.
Je ne recherchais pas une pitié vulgaire; J'interrogeais la Muse et l'homme m'a parlé. 0 mon frère, ô rêveur, pauvre et cher exilé. Ton sein, comme le mien, porte une triste guerre!
Ce qu'appellent mes vœux, tu le voulais naguère; Tu le voudrais encore, et n'es point consolé. Un immortel aimant, dans ton être scellé. T'exclut du vil repos, sag(!sse du vulgaire.
Tu peux le dire heureux et te calomnier;
Mais les distractions de l'univers entier
Ne sauraient te conduire à l'oubh de ton âme.
Les ennuis que j'ai peints, tu les ressens tout bas ; Moi-même, m'abusant, quelquefois je me blilme: Tes sens, plus que les miens, ne me convaiiicroiil pns.
~ ÎSÎ -
SOiXiNt:! CCMII.
Dieu, soulevez uu peu la monlaiiiie d'euuui
Qui. depuis si longtemps, pèse au cœur de cet Iiojuuïo.
Comme si le venin de la funeste pomme
Était, d'un jet direct, arrivé jusqu'à lui.
In jour serein jamais sur sa tète n'a lui. Jamais entièrement il n'a dormi son somme. Sans guide, sans gardien qu'il consulte et qu'il noimne Sa pensée ici-bas ne trouve point d'appui.
Il sait pourtant oii va cette vie inutile :
11 croit en vous. Seigneur, mais d'une foi stérile,
Qui ne remuerait pas même un grain de millet ;
Puis il se sent si noir et si perdu de blâme, Pour ses froides erreurs oîi rien ne le liait, Qu'il ne sait plus aimer ni défendre son àme.