‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 133 sur 167 · SONNET CCX · texte numérisé non relu

SONNET CCX

La beauté, la douceur, avec riutelligence, Enfant, tels sont les dons que tu reçus du ciel : C'est assez pour cju'un monde ignoble et plein de liel Fasse peser sur toi sa brutale vengeance;

Mais dut la solitude et Tamère indigence, 0 blanche et chaste fleur des jardius d'Ariel, Boire tous tes parfums et moissonner ton miel, Je n'irais point pour toi réclamer d'indulgence.

Hélas, tu soutîriras, et sans savoir pourquoi; Mais tu seras chrétien, tu sauras qu'une loi Suprême te condamne, et que tout est mystère.

La souffrance est propice : elle est comme le fer ^^ui retranche et guérit, comme un feu salutaire Qui brûle jusqu'au vif la lèpre de la chair,

HHYTHME XXIV.

L'exilé qui revient visiter de ses pères

Les tombeaux profanés, devenus des repaires

OiJ les bêtes font leurs petits, N'a point à s'occuper des sépultures neuves. Des marbres blanchissants où s'accoudent les veuves,

Toujours de couronnes sertis.

Si quelquefois, distrait et seul, on le rencontre Sur les chemins poudreux que la foule se montre,

C'est qu'un esprit lui révéla.

Sous le sol nouveau-né, quelque invisible trace. C'est qu'avant d'autres pas, des héros de sa race

Les pieds s'imprimèienl [)ar là.

Aujourd'hui cependant, quand la France se lève Au devant d'un cercueil qu<' décdre le glaive,

Quand le peuple caméléon, Oubliant tout le sang qu'il lui fallut lépandie, Chante, joyeux et fier, qu'on veuille entin lui reudr

Son empereur Napoléon ;

Moi, je mêle à la fête une voix étrangère : Non pas qu'un souvenir acerbe me suggère

Aucune haine contre un mort; Mais au nom des Anglais j'ai pu dresser l'oreille. La vieille inimitié dans mon cœur se réveille.

Et ma raison en est d'accord.

Maintenant, je le sais, les peuples fraternisent: Des hommes apaisés les rapports s'humanisent :

Ce n'est qu'un vaste emhrassement ; Et bientôt nous verrons les frontières jalouses Changer leurs noirs glacis en dansantes pelouses

Et sourire unanimement.

Mais si, comme on le dit, les colères sont lasses. Faut-il tant se hâter de recevoir des grâces?

Jette- t-on son histoire à l'eau?

Souvent, après les fils, les ancêtres revivent; Et vous ne cacherez aux enfants qui vous suivent

Ni Quiberon ni Waterloo.

SONNET CCXÏ.

0 vieil honneur français, quels sopliisnies honteux Nous olIVent pour appât tous ces hommes d'intrigue ,. Dont rampe contre toi la ténébreuse ligue! (iràce au ciel, ton flambeau pournous n'est pas douteux ;

Et nous ne voulons' pas Tobscurcir ! Ce sont eux Que ce jour éclatant contrarie et l'atigue. Dans ces raisonnements que leur bouche prodigue. De leur cupidité je démêle les vœux.

Enfants, si Ton vous dit que la parole est nulle. Que le serment n'est rien qu'une vaine formule , Dont soi-même on s'absout d'avance et sans rougeur,

Alors qu'à vous guider la logique renonce : Frappez-vous la poitrine, et que le cri vengeur Qui sortira de là vous serve de réponse!

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