‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 136 sur 167 · RHYTHME XXV · texte numérisé non relu

RHYTHME XXV

Lorsqu'on a bien scruté les hommes et les choses, Respiré les parfums de la poudre ou des roses,

Médité, calculé.

Encombré son cerveau de chansons et d'histoires. Et des livres profonds déchiffré les grimoires,

Pâle et presque aveuglé,

Soit qu'on ait poursuivi la gloire et la richesse. L'amour ou le bonheur, ou toute autre promesse,

Lorsqu%arrive le soir, Il faut pencher la tête et replier ses ailes. Et, [)()ur livrer son front aux tristesses mortelles,

Enfin il faut s'asseoir.

« Vains désirs de l'enfant, ambition puérile, « Ou'est ce «jue celte vie? Une force inutile

« çjLii n'aboutit à rien, « Qui laboure sans trêve et jamais ne moissonne, « Qui peut forger des clefs, mais qui n'ouvre à personne

« La porte du vrai bien.

« Est-il d'autre labeur que de creuser sa tombe, « Et, penché sur le bord, d'attendre que Ton tombe

(c En cet unique abri?

« Hors ce repos funèbre il n'est point de sagesse, « Ni de fidèle amour que la morne ti'istesse

« Du chien qu'on a nourri. »

0 mortels, apprenez à rentrer dans votre âme : Là renaît l'espérance et rejaillit la flamme

Qui vous remet debout.

Comme l'abus des sens et des plaisirs du monde. L'abus de la science oili le cerveau se fonde

Engendre le dégoût.

Mais le néant sur vous ne peut avoir de prise : N'en croyez ni la main ni la vue indécise.

Mais l'esprit immortel.

Reprenez votre marche et votre tâche austère, La semence est en vous, le champ est sur la terre,

Et la moisson au ciel.

RHYTHME XWI.

Quand le désir de l'homme, isolé sur la terre,

Des fragiles amours a broyé le trésor.

Avant l'heure où l'espoir dans notre àme s'altère,

0 solitude, il faut, sur ta montagne austère,

Voyageur idéal, qu'il tourne son essor.

Et pour monter plus haut qu'il se prépare cncor.

Des circuits inféconds son aile lasse encor Lui pèse; mais, à peine a disparu la terre.

Le phéni\ immortel retrouve son essoi'.

De myrrlie et d'aloès il s'est fait un trésor. 11 dresse son bûcher sous le regard austère D'un soleil que jamais le nuage n'altère.

Le prodige n'a pas de témoin qui l'altère : La flamme vient du ciel ; la brise en vient encor ; La victime y retourne. En cette épreuve austère, Elle va dépouiller l'empreinte de la terre. Désormais elle sait où chercher son trésor. Et quel souffle puissant soutiendra son essor.

Ainsi doit s'accomplir l'orbe de votre essor,

0 vous qui, pour combler l'ardeur qui vous altère,

D'un éternel amour réclamez le trésor.

Dans le gouffre pourquoi vous replonger encor ?

Aux futiles moissons que vous promet la terre

Pourriez- vous asservir votre espérance austère?

De vos fiers devanciers suivez l'exemple austère : Si plus d'un a laissé, pour guider votre essor, Un lumineux sillon au dessus de la terre. Craignez que de l'esprit le regard ne s'altère. Que votre âme n'abdique, ou ne se trouve encor Indigne d'aspirer au sublime trésor.

S'il le faut, pour gagner un semblable trésor. Laissez tremper vos fronts dans cette neige austère Dont les abords du mont se cuirassent encor. Aux pointes des rochers suspendant votre essor, Que l'onde des torrents seule vous désaltère. Ce qu'il faut, avant tout, c'est l'oubli de la terre :

Car la terre est stérile, et le plus beau trésor

Qu'elle ait encor promis à la pensée austère

N'est qu'un bruit dont bientôt doit s'altérer l'essor.

SONNET CCWI.

Vutrecœur. dites-vous, ne demande qu'à croire,

Et, d'un doute pieux cherchant la vérité,

A la source divine a toujours souhaité

Que ses troubles vaincus lui permissent de boire.

Du daniicr cependant l'imminence est notoire. Si des grossiers désirs votre cœur arrêté N'appelle à son secours la blanche pureté, Et des vices bourbeux n'expulse la mémoire.

Soyez sobre d'abord, chaste, doux, patient : La vertu, cette route imposée au croyant, Est encore ici-bas le but rare et suprême;

Et ce ne sera pas dans un vase proscrit, Impudique, souillé, vous l'avouerez vous-même. Que Dieu viendra verser sa grâce et son esprit.

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