‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 143 sur 167 · SONNET CCXXXII · texte numérisé non relu

SONNET CCXXXII

Laissons s'évertuer le monde humanitaire : Vainement ils voudraient, déguisant leur courroux. Interposer le vide entre le ciel et nous. Et borner nos pensers et nos soins à la terre.

Que nous offrirait donc l'avenir salutaire? La vie égale et sure, abondante pour tous. Quand la gloire et l'empire à nos esprits jaloux xNe sont qu'un leurre encor qu'un seul regard altère!

Serait-ce le repos? Mais c'est dans notre sein. Et non pas au dehors qu'est la lutte sans fin ! Croyons-en la tristesse en nos cœurs préconçue :

C'est en vain que l'on cherche, il n'est pohit d'autre port . 11 n'est point d'autre asile, il n'est point d'autre issue. Il n'est point ici-bas d'autre but que la mort.

- 108 ^- SONNKT CCXXXIil.

Oui, l'homme est immortel, et sa chair périssable Est d'un esprit captif l'asile passager. En vain la mort s'obstine à le décourager ; Pour tout ce qu'elle opère il est inabordable :

(]ar aux enfants chacun en soi-même semblable De la destruction n'admet point le danger. Nous nous disons : Mon père est allé voyager. Même quand son cercueil est là qui nous accable.

La grâce prophétise aux lèvres des enfants, Et l'âme, libre au fond des membres étouffants, Jamais n'acceptera le joug de la matière.

Vous pouvez nier Dieu que vous ne verrez pas ; Mais Elle à vos regards paraîtra tout entière : Vous vous entre-tuerez dans l'éternel trépas.

Page 1