‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 144 sur 167 · RHYTHME XXVII · texte numérisé non relu

RHYTHME XXVII

Accablez-moi toujours de vos miséricordes , 0 Jésus, écrasez et retournez mon cœur. De la harpe des sens brisez toutes les cordes.

Enchaînez tous mes pas, ô céleste vainqueur. Absorbez ma pensée et frappez sur mon ûme. Qu'elle rejette enfin toute immonde li((ueur.

0 soleil, aveuglez des traits de votre flamme Ces yeux d'illusion, ces suppôts de la chair Qui d'un espoir sans fin renouvellent la trame.

0 véi'ité, lancez votre éternel éclair,

El do l'orgueil des sens dispersez le nuage;

lU'poussez dans Iciunuit les puissances de l'air.

Oui, de mourir eiiliu dijimez-inoi le courage : Que je sois un cadavre et ne connaisse plus. Que par le repentir, la teire où je voyage !

Pour ce trépas mystique où d'abord je voulus, Insensé que j'étais, m'élevcr par moi-même, Que mes derniers liens s'écartent résolus :

Afin que désormais, tout à celui qui m'aime, Celui qui m'a cherché sous mon ennui profond, Et m"a sauvé deux fois dans sa bonté suprême.

Je scelle sur mes reins ce sépulcre fécond Où, mourant à la mort, au néant de la terre. De l'abîme avec Christ on pénètre le fond.

On remonte aguerri de ce voyage austère : Adam nous a légué la science du mal, Et le nouvel Adam nous la rend salutaire.

Il décèle à nos yeux son ténébreux rival,

Les replis du serpent et ses pièges sans nombre

Et le triste venin dont le circuit fatal,

Infiltrant la matière et s'achevant dans l'ombre, Depuis Toubli funeste, en tous lieux a souillé De Touvrage divin les pores qu'il encombre.

Vous étiez là. Seigneur, et vous avez veillé

Afin de préparer l'antidote sublime

Que le Verbe fait chair sur le monde a saigné.

0 sang réparateur, baptême légitime.

Lumineuse rosée, effluve de salut.

Qu'en vous seul mon espoir se retrempe et s'anime

Votre ivresse est féconde et nous emporte au but. Je n'irai plus goûter aux sources incertaines. Où si longtemps, hélas! mon orgueil se complut.

Je connais la bonté des sagesses humaines. Et leur rends à jamais ce qu'elles m'ont olîerl,

lAniisviiiiis raisonnements et leurs maximes vaines. De mon esprit, Seigneur, faites comme un désert Où monte gravement, dans l'azur immobile, Un unique palmier pour me mettre à couvert :

Votre parole est tout ; le reste est inutile.

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