SONNET CCXXXIV
Comme le défricheur qui nettoie un ravin, J'ai fait passer le feu sur les plis de mon âme : Dans ses impuretés j'ai fait couler la flamme ; J'ai dépouillé le sol de son ombrage vain.
Afin qu'il fût frappé par le soleil divin, Et que, des purs rayons aspirant le dictame. Il pût rendre, en son temps, la récolte sans blâme. Où ne liltrera plus de coupable levain.
Mais le doux rossignol et la colombe blanche Demeurent au verger, où sans risque s'épanche, A flots mélodieux, leur pieuse douleur :
C'est ainsi qu'une plainte en mon cœur se réveille. L'ulcère est retranché ; mais, fidèle au malheur, Je conserve à jamais ma blessure vermeille.