SONNET CCLVI
Je vous aurais aimée et vous aime peut-être : J'ai pu le soupçonner; je n'en veux rien savoir. A mes yeux quelquefois qu'il soit doux de vous voir, C'est tout ce qu'à mon cœur il est bon d'en connaître.
Je ne m'appartiens plus, et je sers sous un maître
Qui rétrécit pour moi l'orbite du devoir.
Je n'ai rien à donner ni rien à recevoir,
Et dans ma chair encore il me reste à renaître.
Quand on a remonté l'abîme de la mort, On ne présume pas de marcher sur le bord, li faut des souvenirs redouter le vertige.
Le mieux, pour échapper à la tentation Qui d'abord s'insinue et qui bientôt exige, C'est de s'ensevelir dans l'expiation.
RHVTHME XXX.
La voix qui m'était donnée Pour célébrer vos grandeurs, 0 Dieu, je l'ai profanée A de coupables ardeurs.
Cette espérance de flamme, Cette vigueur dont mon âme Par vous seid put s'embellir, Dans l'amour des créatures Et les recherches impures J'ai voulu l'ensevelir.
l'oiM" oui)Iier l'invisible.
J'ai pris ma tête à deux mains Jai dit : In sort plus paisible -M'appelle aux sentiers hunnin^
— '2-24 — Diins les torrents de la Ion le Plus d'une perle qui roule M'est un facile trésor, Et les replis de la vase Font à mon œil qui s'embrase Luire une semence d'or.
J'ai dit : J'aurai ma couronne.
Mon royaume et mon palais, Et sur tout ce qui rayonne Je jetterai mes tilets.
A l'opale rosoyante, A réglantine riante Ee lis et le diamant, A la rose l'aubépine, Au rubis la perle Une S'uniront heureusement.
Sous mes fécondes charmilles.
Fleuriront au clair-obscur De lumineuses familles D'ailes de pourpre et d'azur; Et mes plaines serpentines, Dans leurs danses argentines, Feront vibrer au soleil Une poussière d'abeilles Et des nacrures pareilles Aux cils du matin vermeil.
Du sommet de mes ombrages
Rouleront à plis mêlés
Et les lambrusques sauvages
Et les lierres étoiles.
Au sein du vert labyrinthe,
Ees fruits d'ambre et d'hyacinthe
Pi'omèneront leurs bouquets,
Et les sylphes des verveines
Enlaceront leurs haleines Aux guirlandes des bosquets.
Levez-vous, blondes arcades, Marbres au front immortel.
Chœurs luisants des colonnades, Frontons aimés d'un beau ciel, Blancs chapiteaux dont les ailes Vont chercher les hirondelles.
Dômes où le jour finit, Et vous, rouges obélisques, Comme, parmi les lentisques.
Des peupliers de granit.
Sur les dalles de porphyre Et la moire des lambris, Aux fanfares de la lyre, Courent les jaspes lleuris.
Les agates, la sardoine.
L'onyx et la calcédoine.
L'améthyste et ^e corail, A l'entour des vastes fresques, Ouvrir de leurs arabesques L'éblouissant éventail.
Et maintenant, m'écriai-je, Éveillez-vous, il est temps :
Ceignez vos robes de neige.
Nymphes aux cheveux flottants.
Sous le saule et le platane.
Dansez, troupe diaphane, Avec vos fleurs sur les bras.
Et laissez de votre rire A la flûte du zéphyre Se joindre les doux éclats.
Vous, déployez vos parures,
VA
Dames aux nobles attraits; j
l.evez-voiis dans vos armures, ]
Guerriers hautains et discrets. ^
Dans la salle glorieuse, ;
Entrez, troupe radieuse : [ Asseyez-vous au l'estin.
Déjà les cou{)es déiiordeut; • Déjà les harpes s'accordent, Pour chanter votre destin.
Bientôt.... Mais quels voiles sombres ":
Sur mes yeux sont descendus! ^
J'ai vu fuir, rapides ombres, ^
Mes convives éperdus. \
Sans avoir produit qu'un rêve, -■
Je me revois sur la grève, ,.^
Assis au bord du chemin ; |j
Et, loin de la source fraîche, !!
Je serre un peu d'herbe sèche ';
Et des cailloux dans ma main. ^
J'irai : mon courage encore î
N'est pas à bout de combats. k
Oui, par delà le Bosphore
Dussé-je porter mes pas, I
Il faut... Que faut-il? J'écoute, 1
Dit mon âme; cette route l
Pour moi n'a plus de beautés. t
Chercherai-je d'autres songes? I
La terre n'est que mensonges,
Vanité des vanités ! «;
Marchons, non plus pour atteindre |
Un salaire passager; 1
Mais parce qu'on doit, sans craindre i M fatigue ni danger.
Sur la glèbe de l'épieuve,
Hien que la chair s'en émeuve, Fournir le sillon voulu.
Semons la moisson céleste :
A nos désirs tout le reste Est doublement superflu.
Écoule, entre tous les hommes, Ce roi, puissant moissonneur, Qui de la terre où nous sommes A goûté tout le bonheur :
C'est lui que nous pouvons croin Lorsque l'amour et la gloire Ont comblé tous ses souhaits, Et que, d'une voix austère.
Il proclame la misère De ses désirs satisfaits.
Moi, dit-il, l'Ecclésiaste, J'ai régné sur Israël :
De délices et de faste, Plus que nul autre mortel.
De grandeur et de richesse.
De science et de sagesse Je me suis enveloppé.
J'ai, d'une étude profonde.
Scruté les choses du monde, Sans que rien m'ait échappé.
J'ai bâti des édilices ; J'ai fait d'immenses travaux.
Et, dans mes jardins propices.
Jeté la fraîcheur des eaux.
J'ai gouverné sans entraves La foule de m.es esclaves Nés dans ma propre maison.
J'ai possédé des domaines, Des vignes, de vastes plaines, Et des troupeaux à foison.
Avec les tributs des princes J'ai vu pour moi s'amasser L'or et l'argent des provinces^ Et ma gloire s'exhausser.
Mes jours ont été splendides :
J'ai de mes regards avides Accompli tous les désirs.
J'ai laissé, parmi les fêtes, Mon cœur ivre de conquêtes Savourer tous les plaisirs.
Et j'ai reconnu qu'en somme H n'est de stable ici-bas Que la vanité de l'homme A la face du trépas; Que toute joie est menteuse.
Tonte sagesse douteuse.
Et que l'empire et l'honneur, Et la science accomplie, Tout est misère et folie.
Hors la crainte du Seigneur.
Qui parle ainsi? C'est le sage, Le roi, le vainqueur, l'époux.
Le maître au vaste héritage.
Puissant, heureux entre tous.
0 uloire, où sont tes progresses Voilà donc ce que tu laisses Aux cœurs que tu sus charmer!
Ceux que tu combles sur terre, Dans le vide solitaire C'est pour mieux les enfermer.
\ ceux donc que tu dédaignes Qu'importent tes fictions.
Et ces déserts où tu règnes , Mère des déceptions?
De tes plus rares ivresses Meurent les voix eharmeresses!
Meurent tes feu\ mensongers !
A jamais libres du voile, Mes yeux ont connu Tétoile Des mages et des bergers.
Parmi l'arène pénible, J'ai vu verdir le sentier, Et, dans le ciel invincible, Monter le divin palmier.
Au doux vent de la parole.
J'ai vu s'ouvrir la corolle Où j'ai recueilli, vainqueur, Une goutte de rosée Qui, sur la lèvre posée.
Filtre jusqu'au fond du cœur.
SOiNNET CCLVII.
Stella lucente al par délie più accese, Che'n la cima di virtù ti stai, Dal mio cammin, deh, non torcer i rai, Sommi soccorsi aile mie dure imprese!
Mentre tal luce io mi vedro cortese, Per me non ci saran pianti ne guai.
-Vengan assalti : i sarè forte assai, Da andar avanti, non che far difese.
Tu da me fosti gran tempo cercata, Ne veggio ch' or affatto sia sgombrata D'ogni bruma e tempesta l'atmosfera;
Ma di Dio il cielo non è mai fallace, E quel che'n esso tirmamente spera Al pieno azzurro giugncrà e alla pace.
SOi\NI:T CCLYlll.
Supporte le iardeaii des heures maladives ; SoulVre ta lutte obscure et ton isolement, FA, ne pouvant agir, résiste vaillamment. Non, non, rien n'est perdu de tes forces oisives!
Tes yeux sont las de voir toujours les mêmes rives ; Ferme-les. N'as-tu pas l'éternel firmament, ('.et Éden où la toi t'enseigne sûrement Tant d'abris fructueux et de fontaines vives?
0 beau ciel catholique, ô Seigneur, ô Jésus, Virginale Marie, et vous, Anges élus.
J'abandonne à vos soins mon aride blessure !
Divin Consolaleur, colomi)e aux rayons d'or.
Je me confie h vous, à la lumière pure
Qui, jusqu'en un cachot, nous illumine encor.