SONNET CCLIX
Se plaindre est si commode, et s'accuser si dur. Qu'il faut plus de circuits pour rentrer en soi-même Que pour aller saisir d'un céleste problème Les chiffres dispersés aux marges de l'azur.
Votre esprit est bien calme, et votre cœur est mur, Croyez-vous? Et pourtant vous voulez qu'on vous aime, Et ce désir trompé s'avoisine au blasphème. Ee monde, avez-vous dit, n'oifre donc rien de sur!
Hélas! quand aurez-vous fait cette découverte Pour la dernière fois, âme toujours ouverte Aux souffles du naufrage et si rebelle au port?
A l'expiation lorsque Dieu vous invite,
Cessez d'incriminer le fantôme du sort,
Et ne vous tnrguez plus d'une épreuve gratuite.
~ 231 — SONNET Cn.X.
Ono de troubles, mon Dieu, pour si peu de danger! Et que serait-ce donc si ma faiblesse indigne Avait à repousser quelque péril insigne, Si mes rêves proscrits cherchaient à se venger?
Si je voyais... Mais non, je n'y veux point songer. J'ai gardé trop longtemps le renard dans la vigne, Pour qu'à n'y plus rentrer sans lutte il se résigne. 11 doit de ses terriers jusqu'au bout m'assiéger.
Heureux s'il me fallait ne redouter d'encombre Hormis que du dehors, et si la mine sombre N'avait des guides sourds aux désirs de mon cœuri
C'est là le mal réel, l'alarme qui me froisse;
Mais, tant que sur soi-même on ne règne en vainqueur
On ne saurait souIVrir trop de gêne et d'angoisse.
SONNET CCLXl.
Affermis-toi, mon cœur, sous le marteau divin : Chaque coup au métal arrache une scorie, Et résonne plus net sur l'enclume qui crie. Non, non, le temps ainsi ne coule pas en vain !
Mais quoi! toujours lutter et retourner sans fin Sous cette forge dure! Et sans que rien varie In labeur où jamais l'àme n'est aguerrie, Où nul de persister ne peut être certain !
Ah! la vie est si longue! Hélas, elle est si brève! Pour ne pas se trouver surpris du dernier jour. Autrement qu'en langueurs il faut qu'elle s'achève.
La plainte vers le monde est encore un retour ; Et loin qu'à notre ^ide ils portent une trêve, Aux amours d'ici-bas on désapprend l'amour.