SONNET CCI. XII
Sainte Vierge, à vos pieds, sur cette froide pierre, De mon rœur détrompé j'apporte le lambeau; Jeiïeuille devant vous mon trésor, ce rameau Que mes pleurs ont lavé d'une indigne poussière.
Hélas! j'ai cru mourir, quand, pour la vie entière, J'ai dû me séparer de ce rêve si beau D'un amour ici-bas chaste et, jusqu'au tombeau, Embaumant vers le ciel une double prière.
Périsse tout le reste, afin que mon esprit
Des plus vives clartés ne demeure proscrit,
Et que du blanc triangle il perçoive la llamme!
Désormais, je le dis sans regret ni courroux.
Pour ma voix, ma pensée, et mes yeux, et mon Ame,
0 Marie, il n'est plus d'autre dame que vous.
SONNET CCLXIll.
Non, je n'étais pas né pour tenter des voyages. Que voir et que chercher? Etnesais-je pas bien, A n'en pouvoir douter, que le monde n'a rien, Où du désir jaloux s'éteignent les orages !
Mon âme a parcouru de splendides rivages : Là, de tous nos souhaits l'esprit magicien Tressait à notre essor le groupe aérien. Et du livre fécond tournait toutes les pages.
(iloire, amour ni grandeurs n'ont pu nous arrêter : Car le présent ne fait que nous déshériter. Et l'avenir demeure aride et solilaire.
Il faut, pour le combler, l'héritage élernel. Pourquoi donc s'agiter? Sur cette triste sphère, r;c n'est pas en marchant qu'on s'approche du ciel.
\'\\\ -M. LE M'' A. DE BELLuY.
J'ai ma rougeur aussi des hontes tle notre âge, Et, ce siècle pervers, comme toi je le hais : Complice épouvanté de ses lâches méfaits Mon remords m'appartient; mon crime est son ouvrage.
J'ai délaissé ton Christ et tes rois qu'on outrage; J'ai conduit, en quels lieux! la Muse que j'aimais. Tout retour m'est fermé vers ces calmes sommets, Parnasse, Golgotha, d'où ta voix m'encourage.
Mais ces guides trompeurs qui m'en ont écarté, Poètes ou tribuns, caduque nouveauté.
Toi qui les as flétris de ta parole acerbe,
Oh! souviens-toi du moins, plus sage et plus heureux iSur ma cendre et mon nom quand aura poussé l'herbe;. Souviens-toi seulement de ma haine pour eux.