‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 32 sur 167 · RONDEAU IV · texte numérisé non relu

RONDEAU IV

Dezir gentil d'alliance loyale Avecques Loz et sa troupe royale De ja pieça me venist seigneurir, Et me feit-il chanter, pour m'aguerrir Soubz le soleil, comme verde cigale.

Ce n'est le tout qu'en l'herbe prairiale De celle-cy la vigueur se signale; Ez bois l'emmeine, et par les monts courii Dezir gentil.

Et n'a soussy de la pince brutale D'oyseaulx gloutons et bise glaciale ; Ains, courageuse, attendant de mourir, Fayt son office, et, sans i)luz s'encpierrir, Suyt et proclame, en sonnant sa cymbale Dezir aenlil.

Il II V TH. Ml- V.

Oui, l'industrie est gi'ande et iLConde en merveilles;

A ses résultats éclatants Je ne fermerai plus mes yeux ni mes oreilles :

J'admire, je vois et j'entends.

Géante aux mille bras qui jamais ne recule,

Elle a^ par ses travaux altiers, Fait pâlir les exploits du fabuleux Hercule,

Dont on rirait dans ses chantiers.

Certes, de plus d'une hydre aux tètes indom[)tid)lrs Et d'un grand nombre de tyrans

Elle a purgé la terre, et dans bien des étables Fait couler l'onde des torrents.

Voler autour du monde, éventrer les montagnes^

Chevaucher les airs et le feu.

Aux fleuves assigner leur cours dans les campagnes ,

Pour elle, ce n'est là qu'un jeu.

(Jue ne fait-elle pas? Ses volontés sacrées

Ont confondu des nations Les mœurs et le langage, aplani des contrées

Les vaines démarcations ;

Débarrassé le sol des gothi(|ues ruines.

Conquis à des emplois grossiers Les temples, les palais; aux noirs travaux ch's mines

Livré les hommes par milliers;

Et, ridiculisant les honnêtes mobiles,^

Dont les cerveaux sont d« 'gagés, Sous d'autres préjugés actifs et plus utiles

ElYacé les vieux préjugés.

Telle est, telle est ton œuvre, o riMue de notre âge. Et vraiment je ne dis pas tout :

— 3G — VainomeiU le passé de sa tombe t'outrage;

Ta gloire est vivante et debout.

Mais quoi, sur cette terre il n'est rien de solide ,

Rien de nouveau sous le soleil.

Les forces changeront; mais, plus ou moins rapide,

Le mouvement sera pareil ;

Et malgré ton empire, ô magique industrie,

Et tes empiétements constants, Produiras-tu jamais rien que la barbarie

N'ait aussi produit dans son temps?

Toutefois tu ne peux introduire comme elle

Aux veines des peuples vieillis Le sang jeune et fécond d'une race nouvelle

Qui remonte aux cœurs avilis,

Et qui, régénérant chez nous la forme humaine.

Ferait sur ce tronc dévasté.

Comme une sève en jet que le printemps ramène.

Fleurir la force et la beauté.

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