SONNET XLII
Au détour du sentier, une jeune églantine Me jeta son parfum. Ému, mais incertain, î
Je passais : elle alors, naïve, me retint, j
Penchant vers moi son front que la brise lutine'. j
Je contemplai longtemps sa corolle enfantine, ;
Le blond de ses cheveux, la pudeur de son teint ; Kt ma lèvre, effleurant le virginal satin. Aspira lentement une perle argentine.
Une larme, un baiser, mignonne, c'est assez \
Pour vos frêles appas. Oubliez, et laissez, A ce soleil voilé ^ s'exhaler votre vie.
Des bergers du vallon les vœux, sinon les soins Toujours vous resteront, petite fleur, à moins (Jue de devenir rose il ne vous prenne envie.
SONNET XLlIl.
Un soir, dans une serre où des plantes d'Afrique Se pressaient, engrenant leur feuillage de dards ,
Et leurs nœuds serpentants, je vis, sous mes regarda. i
Soudain se déployer une fleur magnifique '
Sur sa conque de lait le pollen balsamique j
Ruisselait, rejeté vers les lilets épars, |
Et les anthères d'or cherchaient de toutes parts Le pistil jaillissant sur une tige unique.
A l'entour s'exhalaient des parfums enivrants, ,
Des murmures d'amour, des souffles pénétrants, '
Comme pour célébrer cet ardent hyménée ;
Mais lorsque, le matin, je voulus la revoir, '
La magique corolle était déjà fanée, j
Et laissait sur le sol ses blancs débris )>leu\(>ir.
SONNET XLIY.
La Muse descendue aime à chauffer ses ailes Au soleil de la plaine. Un jour donc que j'errais, A midi, sur ses pas, au travers des guérets (C'était dans la saison où tombent les javelles) ,
De Flore je voyais les dons riants et frêles Broyés du moissonneur comme ceux de Cérès ; Mais une fleur m'émut par ses charmes tout frais Et déjà menacés des faucilles cruelles.
Un bandeau noir ceignait ses attraits purpurins. Comme une jeune esclave aux innocents chagrins, Sur sa tige debout, elle semblait m'attendre.
Je la voulais d'abord ravir au sort commun.
Et mon cœur lui parlait, sans qu'elle pût l'entendre ;
Puis je l'abandonnai, la trouvant sans parfum.