SONNET XLVII
.\ïainte fois mon regard vit l'ardente courrière Vider son carquois d'or sur l'ombre qui s'enfuil, Et, promenant sa torcbe aux tentes de la nuit, Faire un cbemin de pourpre au Roi de la lumière.
Mainte fois, dans les airs encombrés de poussière, J'ai vu monter l'orage, et son char, à grand bruit Plonger dans la nuée, et la foudre qui luit Du céleste tumulte incendier rornière.
Dans un autre royaume aussi j'ai vu souvent Des rayons précurseurs s'embraser le levant, Et l'éclair se suspendre aux arceaux des nuaces.
Le silence régnait, et le jour espéré
Éloilait un instant les ténèbres sauvages;
Mais à mes yeux jamais le Dieu ne s'est montré.
SONNKT XLVm.
— Lecteur du vieil Homère, ô jeune homme sauvage, Qui fuis les entretiens de nos savants rhéteurs,
Et les banquets fleuris, et les jeux des lutteurs. Que fais-tu nuit et jour le long de ce rivage?
— J'attends... —Est-ce l'emploi des forces de ton âge? Malheureux, laisse là ces récits imposteurs
Qui t'ont séduit. Veux-tu que les ans destructeurs De ta jeunesse ainsi dévorent Théritage ?
— Qu'importe! J'aurai vu, dans sa fécondité. Venir du sein des flots l'immortelle Astarté, Que mes yeux jusqu'ici n'adorèrent qu'en rêve.
Nuit et jour, il est vrai, je l'ai cherchée en vain; Mais, plein d'espoir, souvent j'ai trouvé sur la grève Le moule de sa conque et de son pied divin.