‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 41 sur 167 · SONNET LV · texte numérisé non relu

SONNET LV

Oui, je garde un espoir que la raison dénie : Si l'Amour est cruel, il est parfois bien doux. S'il frappe sans pitié sa victime à genoux, 11 sait la relever, et, soudain rajeunie,

Eu triomphe royal lui changer l'agonie.

Du sang qu'il fit jaillir si longtemps, à grands cou[)s, 11 lui dore une pourpre, et les Dieux sont jaloux Du mortel que ravit cette extase intinie.

Et plus on a souflert, d'amertume abreuvé. Plus l'ambroisie est proche; et ce qu'on a rêvé N'en saurait pressentir la saveur sans rivale.

Je ne me plaindrai plus. Jusqu'au dernier moment J'attendrai. Si ma vie à ma flamme s'égale. Je puis de mes douleurs vivre éternellement.

SONNET lAF.

Adieu, puisqu'il le lïuit; adieu, Iroide beauté : Je reprends mou amour, et vous laisse vos cliarmes; (-outre le désespoir j'échange mes alarmes. xVdieu. Renlermez-vous dans votre dignité.

Moi je pleure. A jamais mon rêve est avorté. J'ai, sur un marbre dur, faussé toutes mes armes. Pas un de mes soupirs, pas une de mes larmes N'a trouvé le chemin de ce cœur éventé.

Madame, vous pourriez, ainsi que l'amiante.

Rejaillir du brasier, blanche, fraîche, riante :

Les traits que vous lancez ne vous retournent point.

Moi je suis misérable. En vain je voudrais feindre ; Je sens pousser la mort sous l'ennui qui me point. Je soulTre,et cependant c'est vous que l'on doit plaindre.

SONNET LVIT.

Vous que j'ai tant aimée, hélas! que j'aime encore, Blanche incarnation de toutes mes amours. Et, malgré vos rigueurs, la reine de mes jours. C'est votre pitié seule à présent que j'implore.

Soufirez que le poëtc à genoux vous adore. Une dernière fois, de cet hymne toujours Modulé dans son cœur, alors qu'aux purs contouis De vos beautés, ses yeux épris allaient se clore :

Oh ! ma vie est à toi : le souille de ton sein

Fait vaciller mon âme, et, connue un jeune essaim

Uue la brise gouverne, ondider mes i)ensées...

Malheureux, quel réveil à mon cervc^au i)erclus A tout d'un c()\i\) rendu ses doulcuis dépensées ! Elle est morte pour moi! Je ne la verrai plus!

— -ir. — j

sOi\Nt:T Lviii. ;

Laissez, Muse, à jamais laissez périr ce nom I Odieux et charmant que toujours ma pensée

Unit à vos concerts. Alil mémoire insensée, i

Implacable flambeau, s'il faut qu'à ton rayon I

Se ranime sans fin ma folle passion, '

Eh bien, j'évoquerai ton idole éclipsée :

Honteux de ces tourments dont ma vie est IVoisst'e,

En les raillant, peut-être en aurai-je raison.

Noir démon de colère et d'amoureuse haine,

Redoutable vengeur, que ta mordante haleine

Inscrive donc ce titre aux flèches de mes vers. i

Et qui sait? d'une ingrate éveillant les alarmes,

Tes poisons, pour toucher plus puissants que les larmes,

Termineront enfin ma peine et mes revers.

Page 1