SONNET LIX
Vous me haïssiez donc? Quoi, j'ai demandé grâce ; Je me suis h vos pieds traîné comme un enfant ; J'ai gémi comme on fait sous un rêve étouflant; J'ai de pleurs enflammés baigné vos mains de glace :
Et rien de votre cœur n"a révélé la trace ! Ah! certes, un airain bien ferme le défend; Sa victoire est complète, et, calme et triomphant, De la plus triste plainte il brave la menace :
Car c'était tout mon sang, vous ne l'ignorez pas. Qui pleurait sous ce long et pénible trépas. Vous-même, vous m'avez retourné dans la flanune
(C'était un jeu pour vous), et puis, me repoussant, Vous avez emporté les débris de mon àme, Ainsi (lu'un souvenir qu'on recueille en passant.
SONNl^T L\.
Vous ne lo croyez pus, o belle dédaigneuse ; Mais peut-être qu'un jour mes chants mieux écoutés Passeront devant vous, d'autres chants escortés : Alors, en répétant ma plainte harmonieuse,
On voudra, dans mes vers, deviner l'orgueilleuse Qui s'arma contre moi de telle cruautés. Ses traits y brilleront d'immortelles clartés; Mais son nom s'éteindra chez la foule oublieuse.
Et voilà ma vengeance!... Hélas ! je parle encor Supposant tout le monde épris de mon trésor ; Non, toute âme n'est pas pour en être charmée.
Sans doute à vos regards la gloire ne paraît. Comme on le dit si bien, qu'une vaine fumée, Et vous ne sauriez point en sentir le regret.