‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 43 sur 167 · SONNET LXI · texte numérisé non relu

SONNET LXI

C'était quand le printemps sourit au jeune pâtre ; Une brume d'argent poudroyait au soleil, Qui, partout débordant le feuillage vermeil , Trouait de jours dorés l'ombre au réseau bleuâtre.

Je vis, sous la charmille, un beau vase d'albâtre Dont le galbe idéal et l'œuvre sans pareil, De mes sens paresseux écartant le sommeil, Arrêtèrent longtemps mon regard idolâtre.

Oh! disais-je, quel sylphe ou quelle Heur de ci<'uv l*eut jeter ses parfums dans tes lianes précieux, Blanche coupe où l'amour divinement réside ?...

Mais lorsque sur le bord j'albii [)encher mon froni, Je n'y trouv;ii ([u'un [)eu d'eau cuivreuse et fétide, Dont (juclcpics vers inq)urs faisaient grouiller le fond-

UHVTHME M.

Royale Heur, c'est le grand Lis :

On l'exile à présent; on l'adorait jadis, Et le ciel gracieux peut le rendre à nos lils. Bourgeois, vous chanteriez sa splendeur sans seconde. . . l'entends le vent du nord qui s'avance et qui gronde.

La Rose, c'est fleur de beauté :

Aux doux rayons de mai, son sein a palpité. Juin vient et la fane ; il n'en est rien resté (^Hi'un céleste parfum ou quelque bribe immonde... J'entends le vent du nord qui s'avance et qui gronde.

La Pâquerette est aux amours :

Elle court par les prés dès les premiers beau\ jours. Le cœur adolescent la consulte toujours. On pleure à la première, on rit à la seconde... J'entends le vent du nord qui s'avance et (|ui gronde.

Une fleur riche est le Pavot :

Elle est ample, éclatante et porte le front haut. Du côté du parfum , elle reste en défaut ; Mais de douces langueurs sa sévé nous inonde... J'entends le vent du nord qui s'avance et qui gronde.

Fleur d'espérance est le Lilas :

De ses riants bouquets savourez les appas. -V peine y touche-t-on qu'ils ne sont plus, hélas ! Mais le jardin est riche et la saison féconde... J'entends le vent du nord qui s'avance et qui gronde.

Chaste fleur (jue le Nénuphar :

Dans l'ombre, au fond des eaux, elle croît à l'écart. Et l'hymen seulement la produit au regard. Fuyant la main profane, elle glisse sur l'onde... J'entends le vent du nord qui s'avance et (|ui groiid*'

L'Immortelle est la lleur de mort :

Elle y couronne ceux ([u'on mé[>risait d'abord.

La vie est rOcéaii, et lu tombe est un port. On tremble d'aborder à cette paix profonde... J'entends le vent du nord qui s'avance et qui gronde.

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