SONNET LXII
Si vous êtes de Flore un amant ingénu,
Vous avez contemplé cette fleur souriante ,
Dans son deuil velouté souvent plus attrayante
Que les plus frais bouquets du printemps méconnu :^
Admirez-la de loin , vous seriez mal venu
De vous laisser séduire à sa grâce ondoyante,
Et pour en mieux goûter la saveur chatouillante.
De risquer votre lèvre à son calice nu :
Car cette peau charmante au toucher devient rèche. Et ces parfums de miel, cette haleine si fraîche. Respires de trop près, offusquent le cerveau.
Il est des tleurs qu'il faut seulement qu'on regarde ; D'autres, à qui d'aboid personne ne prend garde, Versent à tous les sens un délice nouveau.
SONNET LXIll.
Je vivrais bien mille ans que son image Dans ma pensée habiterait toujours.
Sans que jamais de nouvelles amours A ses autels ravissent mon hommage.
Ce n'est pourtant, ô beauté, quel dommage! Rien qu'une idole aux magi(|ues atours : Tout son esprit vit dans ses blancs contours. Et son parler n'est qu'un charmant ramage. De ses méfaits qui pourrait la blâmer?
Elle doit plaire; on ne doit point l'aimer. Elle eutr;iison de redouter ma flamme.
Ou'elle aille en paix ! Tout d'ailleurs est au mieux : IMus le poi'te ii d'angoisses dans l'ànie, Et plus ses chants coulent harmonieux.