‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 63 sur 167 · SONNET LXXXVII · texte numérisé non relu

SONNET LXXXVII

Ce fut un vaillant cœur, simple, correct, austère; Un homme des vieux jours, taillé dans le plein bloc. Sincère comme l'or et droit connue un estoc. Dont rien ne détrempa le mule caractère.

Chassant loin du devoir l'intérêt adultère. Avec sa conscience il ne lit point de troc ; Il affronta sans peur le plus terrible choc. Et, le danger fini, sut noblement se taire.

Sous l'antique bannière ardent à se ranger, 11 n'en garda pas moins sa haine à l'étranger : Gentilhomme, il resta sujet du roi de France.

Et partout, sur le Rhin, en Vendée, à Lyon, Il nourrit de son sang sa loyale espérance, Fidèle jusqu'au bout et sans transaction.

SONiNET LXXXVJII.

Il était jeune et fort, bouillant, de fière mine, Quoique courbé déjà par un coup de mousquet Dont, avant dix-buit ans, sa poitrine craquait, A Lyon, ce gala de la guerre intestine.

Courtisan du danger qui pourtant le ruine , Aux fêtes de Précy jamais il ne manquait, Et sous Cbarette encore il eut place au banquet : C'est ainsi qu'il savait prouver son origine.

Mais un jour il fut pris, lié comme un bandit, Et des républicains jusqu'à Rennes maudit.

I ji d'eux vint, plus zélé, le frapper au visage.

II avait le sang prompt, le cœur près du cerveau ; Pourtant, sans s'irriter, il soutint cet outrage :

Ce stupide soufflet ne beurta que sa peau.

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