SONNET IX
iris, votre aspect seul efface la tristesse. Et c'est vous cependant qui parlez de mourir. Que vous a fait la vie? Elle a, comme à plaisir. De grâce et de beauté fleuri votre jeunesse.
il est vrai, la Fortune, envieuse déesse. Se raille de ces fleurs qu'elle sait trop llétrir; Sans la sève du cœur que sa main va tarii-, Ce n'est plus qu'une vaine et stérile richesse.
Mais quoi, tout enfantine et sans secrets encoi", Comme en un lac d'azur scintille un sable d'or. Au miroir de vos yeux on voit rire votre àme.
Vous désirez la mort, doucement et sans iiel ; Ce souhait innocent ne soutire point de blâme; Sans inculper la terre, il monte vers le ciel.
SOi^NEï X.
A. M. ALSONR DE CHAMCEL.
Chancel, quand vous chantez la rivière de Touvre, Et ses bords ombragés, fleuris comme un jardin, Ce jeune souvenir vous ranime, et soudain, Pour espérer encor, fait que votre âme s'ouvre.
Si d'un voile chagrin mon front alors se couvre. Oh! ne présumez pas que ce soit par dédain De ces choses d'enfance. Ah ! malheur au mondain Pour qui le toit natal n'est pas le plus beau Louvre.
Mais ceux qui n'en ont pas, ceux qui, nés dans l'exil. De leurs jours écoulés en remontant le fd. Ne voient pas reverdir la rive paternelle,
Ceux-là peuvent sans tort renier un berceau Que loin de la patrie a mis un sort rebelle ; Ceux-là doivent souvent songer à leur tombeau.
SONNET Xî.
Quand la blanche victime, aux autels destinée. Enfin était ravie à l'enclos de ses prés. On ne la voyait point, vers les parvis sacrés, Marcher en relevant sa tête couronnée.
En vain, d'encens, de fleurs, de chants environnée. Du plus beau lin d'Élis ses flancs étaient parés. Et ses cornes en vain et ses ongles dorés. On ne l'avait jamais que par force emmenée.
Farouche, l'œil oblique, écoutant son instinct, Elle ne croyait point à ce pompeux destin, Et sentait sur son cœur le doigt des aruspiccs :
Car la mort, pour surprendre, a beau se déguiser; Toujours, sous les festons et les voiles pro[Mces, On voit, dans un reflet, la hache s'aiguiser.
SONNET Xlf.
Arles, noble cité, Tille césarienne, Dont les vieux empereurs recherchèrent l'iiymen. Et qui gardes le sceau de ta grandeur ancienne Largement incrusté dans ton ciment romain;
En ton recueillement, grave patricienne.
Montrant de ton granit le travail surhumain, De mes puissants époux, dis-tu, qu'il vous souvienne! Voyez de quels joyaux m'enrichissait leur main.
Oui, tu peux te draper dans tes grandes ruines; Comme Rome tu peux t'asseoir sur tes collines. Et traîner à longs plis le deuil du peuple-roi :
Car il a, mieux encor qu'aux blocs de tes arènes. Dans les beaux traits latins de tes femmes sereines Scellé votre alliance et son amour pour toi.