‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 88 sur 167 · SONNET CXXVI · texte numérisé non relu

SONNET CXXVI

Enfants, jetez au vent vos rires ou vos plaintes; Que Toubli vous enivre ou le vain souvenir : 11 est, il est encore, aux solitudes saintes, Des cœurs mâles et fiers qui veulent l'avenir;

Des esprits que n'ont point aplatis les étreintes De la commune vie. ils ont su se bannir, Pour croître librement, de vos sombres enceintes ; Mais vous les y verrez quelque jour revenir.

Comme ces nourrissons abandonnés sur l'berbe, Que Dieu couve au désert dans un dessein profond. Et qu'une ourse allaita de sa mamelle acerbe,

Lorsque sonnera Ibeure, ils vous apparaîtront, Radieux cavaliers, en armure superbe, Vaillants, forts et grandis avec un signe au froiil.

RHYTHME XVll.

SEXTIXE.

Dans une mer lointaine, au pays des génies, Est un golfe interdit au vulgaire travail : Rien n'y trouble du ciel les cbastes harmonies. Et de ces flots heureux les tempêtes bannies En laissent aux zéphyrs le transparent émail, Où la naphte s'épanche, oi!i fleurit le corail.

Là, parmi les courants et les bancs du corail, Non loin des J)ords, s'étale une île où les génies Ont bâti leur villa : dômes, kiosques d'émail. Piliers, balcons à jour, capricieux travail. Qu'ils cachent au regard des peuplades bannies. Heureux encor rpii peut ouïr \o\\v< linrmonies!

Mais inallieui' à celui qui, de ces liannonies

Ayant senti l'attrait, aux testons du corail

Amuse trop ses yeux : car ses rames bannies,

Que d'un souffle jaloux repoussent les génies, ;

S'arrêteront soudain, et l'impuissant travail

De ces ondes à peine aura rayé l'émail. |

Parfois, quand le soleil frappe en plein sur l'émail ^

Des feuillages touffus et peuplés d'harmonies, i

Qui bordent cet asile, aux nageurs en travail :

Une embrasure d'or fait voir que ce corail, '

Si riche et si fleuri, du trésor des génies :

N'est rien que le rebut, les parcelles bannies. j

Pauvres nefs qui du port êtes aussi bannies.

Regagnez le rivage : un moins splendide émail '

Y revêt les jardins ; mais de moins fiers génies |

Les gardent. Sur la terre il est des harmonies, ,

Il est des fruits de miel et des fleurs de corail, ' Dont la conquête encor vaut des jours de travail.

lii soir, sur les flots verts qu'a vaincus son travail, i

I n chevalier vêtu d'armes d'où sont bannies I Toutes vaines couleurs, arrive; du corad

II franchit les brisants; le soleil, sur l'émail ■ De son blason, flamboie, et l'île d'harmonies i Redouble : il touche enfin au palais des génies.

Leur reine, lui tendant sa bouche de corail, Dans ce séjour d'où sont loutes peines bannies, A de ses jeunes ans couronné le travail.

SONNET CXXVIl.

L air, toute la journée, avait été brûlant :

Sous le ciel inflexible et verdâtre d'orage, l

S'amassa, vers le soir, un immense nuage ,

Qui bientôt, déchiré de l'un à l'autre flanc,

En poussière d'éclairs s'écroula tout sanglant. Le tonnerre, d'un coup, accomplit son ouvrage. Et déjà les oiseaux chantant sous le feuillage; Les coteaux essuyés et l'horizon brillant ;

De l'or plein le couchant, et de roses nuées. Par la brise, en flocons mollement remuées, Et la fraîcheur qui rit jusque dans les échos.

Et c'est ainsi parfois qu'un seul éclat de foudre. Dans un cœur accablé, suffira pour résoudre La fatigue cuisante en un divin repos.

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