‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 98 sur 167 · SONNET CXI · texte numérisé non relu

SONNET CXI

IJe Pétrarque et de Dante on profane les traits; On nous fait de leur âme un vulgaire poëme, Et Laure et Béatrix ne seraient, ô blasphème ! Que de mortels flambeaux et de rares attraits.

C'est au ciel qu'il nous faut demander vos secrets, 0 sublimes prôncurs de la beauté suprême ! Ce mystique soleil qui brûle par lui-même A des yeux féminins n'emprunte point ses traits.

Sous ces noms éloquents dont la foule s'amuse, Vous n'imploriez vraiment que l'éternelle Muse, Et l'Amour k vos fronts n'a ceint que des lauriers.

L'esprit qui se suspend à l'échelle angélique. Désormais repoussant les terrestres sentiers. Aux célestes désirs uniquement s'applique.

SONNET CXLl.

Pétrarque nous a fait le tableau d'un vieillard Qui, de l'âge sentant venir le dernier terme. Rassemble ses enfants, et là, prudent et ferme, Des biens et des conseils fait à chacun sa part.

l*uis il leur dit adieu, prend son bâton, et pari. De la douce famille et de l'antique ferme 11 s'éloigne, et son cœur dans son désir s'enferme. 11 se hâte, craignant qu'il ne soit déjà tard.

Quand le blanc pèlerin fut à Rome la sainte,

Il mourut, en voyant l'image de celui

Qu'il allait retrouver dans la céleste enceinte.

0 Poésie, ainsi, repoussant toute (Tainte, Je m'achemine au but d'où ton éclair m'a lui. Que la mort jusfjue-là suspende son atteinte.

SONNET rxr.ii.

— Avant d'aller te perdre en la cité du monde, Repose ici tes pieds, jeune et bel étranger. Vois : toutes les saisons enchantent ce verger. Quel fruit veux-tu cueillir? Est-ce la grappe blonde ?

La pêche au teint brillant, la pomme lisse et ronde, Offrant aux doigts épris son incarnat léger? Ou bien ces grains vermeils qui laissent surnager Un parfum sur leurs sucs dont le palais s'inondr?

Viens : la figue qui dort sous le feuillage noir, Tout à coup éveillée aux longs rayons du soir, Va te livrer son miel et sa pourpre secrète.

Ainsi chante aux enfants l'adultère beauté ; Et malheur! car la lèvre, en sa fauve retraite, Toujours suce la mort avec la volupté.

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