SALUT À SHERBROOKE
Poème lu au stadium de cette ville le 27 juin 1908
SUE, les bords enchanteuts du St-François se dresse La reine des Cantons, la bruyante cité, Et dans ces jours bénis la foule qui s'y presse Salue avec transport son hospitalité.
Ici le dualisme a créé des merveilles ; Aussi Sherbrooke, né de ce commun effort, A surgi comme exemple à des cités plus vieilles Qui, fières du passé, n'ont point son large essor.
Descendants vigomeux de deux puissantes races Dont la cordiale entente a comblé tous les vœux, Vous suivez sur ces bords leurs immortelles traces, Et les fils d'aujourd'hui sont dignes des aïeux.
Pour les œuvres de paix vous travaillez ensemble, Jouissant sans orgueil des travaux accomplis, Sans chercher quel drapeau sous ce toit vous rassemble Et quelle est la couleur qu'il cache dans ses plis.
Nobles fils d'Albion, rejetons delà France, Qui rêvez pour la ville un brillant avenir, Vous portez dans vos cœurs une même espérance Sans partager jamais le même souvenir.
Car vous avez compris qu'aux champs de l'Amérique Vous êtes appelés à des destins nouveaux ; Ce n'est plus aujourd'hui cette lutte homérique Teignant d'un noble sang les étendards rivaux.
Non, ce n'est plus le temps du sabre et de l'épée, Non, ce n'est plus la haine et ce n'est plus la mort. Puisque deux races vont, pacifique épopée, En mêlant leurs drapeaux mêler aussi leur sort.
En visitant hier vos puissantes usines,
Etonnés, l'on s'est dit, sans en être jaloux :
" C'est, bien là le champ clos où deux races voisines,
Emules de la paix, se donnent rendez-vous. "
Que tu sois à l'usine ou que tu sois au temple, Oui, l'étranger t'admire, ô vaillante cité ; A tous les bourgs voisins tu sais donner l'exemple Et par ta tolérance et ton activité.
Hélas ! Arthabaska n'est pas aussi pratique ; Poètes, orateurs, peintres, musiciens, Valent moins pour créer la fortune publique Que tes ingénieurs et tes mécaniciens.
Pourtant tu sais encore aux jours de grande fête Un instant faire trêve au travail journalier, Car elle peut encore écouter le poète L'oreille accoutumée au bruit de l'atelier.
Aussi dans ce beau jour où la même pensée Fait battre tous les cœurs, exalte les cerveaux, O qu'il fait bon de voir cette foule empressée Pour fêter le passé suspendre les travaux,
O qu'il fait bon de voir ces fils de nobles races Cheminer cœur à cœur et la main dans la main, Viser le même but, avoir mêmes audaces Et songer tous les deux au même lendemain.
Ne te désoles pas de n'avoir pas l'histoire, Ni grands noms à jeter à notre souvenir. Ton présent n'est-il pas un présage de gloire Qui nous fait entrevoir un brillant avenir ?
Au nom d'Arthabaska dont je suis l'interprète, Au nom de tous ceux-là qui t'admirent chez nous, Au nom de ceux encor qui pour te faire fête Par milliers sont venus à ce gai rendez-vous,
Je viens, moi, l'humble barde, oublieux de la prose, T' offrir avec émoi ces vers, si tu les veux, Et, frêle note au sein de cette aposthéose, Te crier nos bravos et t'apporter nos vœux.
24 juin 1908
Le Méfait d'une Souris
CONTRE un client j'avais un billet en souffrance, D'en toucher le montant je perdais l'espérance, Car quelques jours encore il devenait prescrit. En songeant à l'affaire il me vint à l'esprit Que pour réduire enfin une tête aussi dure Je devais recourir à quelque procédure.... Donc je le poursuivis, mais le drôle plaida
("Trouvez-moi son pareil dans tout le Canada,) Il plaida pour gagner du temps, le misérable, Comptant sur le hasard souvent trop secourable Et non point sur son droit, car il savait fort bien Que je ne réclamais qu'un légitime bien, Que j'avais son billet bien serré dans ma voûte, Et sans être ignorant de tout cela sans doute De terme en terme il sut reculer le moment Qu'il appréhendait tant, le jour du jugement. Or lorsque vint le temps propice pour produire Ce billet qui devait à quia le réduire Et par le tribunal le faire condamner, Dérision du sort à me faire damner, Jugpz, ô mes amis, de ma déconfiture, Une souris avait rongé la signature ; Il n'en restait plus rien qu'un y grec mutilé.
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Il fut produit quand même et l'avocat troublé Essaya vainement à le rendre authentique Et plaida de son mieux, mais le juge sceptique Fit semblant d'ignorer ses gestes attendris, Et riant du méfait de la pauvre souris, Sans aucune pitié me fit perdre ma cause. Faute de signature, et j'étais là tout chose, Surpris qu'une souris se mêlât au procès. Oui, l'ingrate oubliant que je la nourrissais Se fit du débiteur l'amie et le complice. Ce méfait sans pareil mérite le supplice Et la peine de mort. Oui, je veux me venger,
Je veux prendre un mandat d' arrêt. Je veux charger Mon chat qui se fait vieux de faire mieux la garde, De fouiller le grenier, la cave et la mansarde Et, nouveau justicier, qu'il la guette si bien Qu'il la prenne, la mange et qu'il n'en reste rien.