LES AMOUREUX
ILS faisaient des projets, parlaient de mariage ; Le bonheur et l'amour seraient dans leur ménage Hôtes plus assidus que le sont les oiseaux
Pour leur nid sur la branche ou parmi les roseaux. Ils auraient tant de goût pour orner leur retraite ! De beaux rideaux flottant à l'alcôve discrète, Des meubles en damas, des tapis précieux Où le pas le plus lourd marche silencieux,
Des serins babillards dans leurs cages dorées Roucoulant tout le jour, de belles fleurs pourprées Au parfum le plus doux ; dehors un frais gazon Et des sapins touffus pour couper l'horizon, Car l'univers pour eux serait ce coin de terre Où seuls avec l'amour, dans l'ombre et le mystère Ils fileraient des jours de soie et d'or tressés O rêves d'amoureux si longtemps caressés ! Tout près de la maison serpenterait dans l'herbe Un murmurant ruisseau puis un étang superbe, Couché nonchalamment, recevrait sur ses eaux La coque de l'esquif et l'aîle des oiseaux. Dans les bosquets voisins aux épaisses ramures Ils iraient en rêvant écouter les murmures, Les bruits mystérieux, les mille et mille voix Qui semblent, chaque soir, venir du fond des bois.
IQS
Au tomber de la nuit l'alcôve retirée Recevrait les époux dans son ombre sacrée Et le soleil viendrait dans un rêve amoureux Prolonger leur bonheur et ces moments heureux. Plus tard encore, autour d'un bon feu qui pétille Grandiraient des enfants, gaîté de la famille, Et dans leurs traits chéris ils se verraient tous deux. Voilà ce que disaient souvent les amoureux. Lorsque sur le chemin désert, couple fidèle, Ils s'en allaient rêvant d'une époque si belle. Parfois sur cette route ils croisaient un vieillard Qu'ils saluaient du geste et d'un tendre regard. Et ce vieux, sans ami, sans or et sans famille, Ayant le ciel pour toit et pour lit la charmille, Etait jaloux de voir dans ce couple charmant Reluire le bonheur comme le diament.