‹ Chant du soirChapitre 27 sur 30 · LA GRÈVE · texte numérisé non relu

LA GRÈVE

LA foule endimanchée au hasard se promène Et discute tout haut. — Pourtant, c'est la semaine, C'est l'heure, où reprenant ses travaux journaliers, Ce peuple devrait être aux vastes ateliers. Et ce n'est point non plus la bruyante cohue Qui le dimanche soir encombre la grand'rue Ni d'un peuple au repos la joyeuse rumeur

Mais d'un peuple irrité c'est la sourde clameur. Le flot suspend son cours. Sur la place publique Un mécontent pérore, à la foule il explique Qu'elle seule a raison, que les patrons ont tort, Qu'on est payé moins cher pour travailler plus fort. Que pour faire cesser cette grève importune On pense plus au pauvre et moins à sa fortune, Que le repos du riche est fait de leurs travaux. Et le peuple ameuté lui jette ses bravos Cette voix de l'émeute au loin se répercute Auprès de leurs patrons voilà qu'on le députe, Car cet homme éloquent qui s'explique si bien Doit réussir, sinon, il faut compter sur rien. Ces derniers rassemblés dans la salle voisine Anxieux malgré tout de voir s'ouvrir l'usine Tout en fermant l'oreille aux propos excités,

Voient sans faiblesse entrer le chef des révoltés. Orgueilleux de son rôle et fier de son courage D'avoir, seul et sans peur à provoquer l'orage Il va se planter droit, lui, tribun de forum, Comme un ambassadeur lance un ultimatum. Après tout le grief en un mot se résume Le salaire trop faible, et voilà qu'il exhume Tout un monde affamé qui va mourir de faim, Que si dans quelques jours la grève ne prend fin On verra les enfants peupler les cimetières, Les foyers se fermer, des familles entières Qui rêvaient de mourir au pays des aïeux Le laisser le cœur gros, et les larmes aux yeux, Pour un sol plus clément où tous les prolétaires Sans travailler plus fort ont de meilleur salaires. Et tout cela pourquoi ? Parce que les patrons

Dans tous leurs employés ne voient que potirons, Son rôle, il l' a rempli, sa tâche est terminée . Mais pour qu'il soit nommé héros de la journée, Afin de contenter la foule qui l'attend Et qui déjà murmure un propos irritant Il ne peut sans danger retourner sans réponse ; Alors un des patrons, le président, annonce Que les temps étant durs, la finance eu dessous Au salaire d'hier ils ajoutent dix sous.

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