‹ Chant du soirChapitre 3 sur 30 · ONZE ANS PLUS TARD · texte numérisé non relu

ONZE ANS PLUS TARD

O bourdon des Bois-Francs, qu'es-tu donc devenu Après avoir été jadis le bienvenu ?

Serait-ce, vieille cloche, un acte autoritaire Qui t'aurait sans pitié condamnée à te taire ? Ou serait-ce plutôt quelque clocher jaloux De ton timbre si pur, si limpide et si doux, Qui, souffrant de t' entendre, ô chanteur d'un autre âge, Ne peut pas endurer ton humble voisinage ? O bourdon dans l'oubli, je comprends ton tourment D'entendre du clocher voisin, à tout moment

Une cloche narguer ton étrange mutisme ; Et je pleure tout bas de ce favoritisme. Car tout près, sous les pins, tu comptes un ami Qui voudrait réveiller le battant endormi Et qui rêve tout bas qu'une main courageuse Faisant vibrer encor ta note harmonieuse, Sans tarder brisera ton silence trop long En nous faisant goûter un nouveau carillon.

Rappelle-toi là-bas tes nobles envolées Que l'écho renvoyait de vallées en vallées. Et moi qui t'aurai vu venir avec l'espoir De t'entendre souvent je souffre de te voir Muet quand tu pourrais à la gent juvénile Marquer l'heure du haut de l'humble campanile. Je crains que les oiseaux chassés par toi jadis, Croyant trouver encor un nouveau paradis,

Reviennent, au printemps, y fixer leur demeure. Hâte-toi de sonner sans attendre cette heure. Si tu restes muet les merles reviendront, Et ce sera pour toi le plus cruel affront De voir la campanile, à la tâche infidèle, Laisser la place libre au nid de l'hirondelle. Vite, réveille-toi, sonne, je t'en supplie, Et si je m'aperçois que toujours l'on t'oublie En te laissant dormir d'un repos sans honneur, Par amitié pour toi je me ferai sonneur !

Si pour avoir chanté

SI pour avoir chanté tu me punis, Seigneiïr> Ne sois pas trop cruel, ménage le supplice, Et pour m' absoudre un peu d'avoir été rêveur, Songe que j'ai chanté sans haine et sans malice, Que, seul, j'en ai souffert sans que je le trahisse ; Et s'il faut rendre compte un jour de ce labeur, Ne sois pas trop cruel, ménage le supplice, Si pour avoir chanté tu me punis, Seigneur.

Si pour avoir rêvé tu me punis. Seigneur,

Songe que pour les miens j'ai fait la lutte austère.

Mon devoir accompli, comme un bon moissonneur

Quand le soir, je retourne au foyer solitaire

0 muse, serais-tu livrée au terre à terre,

Si pour avoir rêvé tu me punis, Seigneur.

Si pour avoir aimé tu me punis, Seigneur, Si pour avoir au temps de ma courte jeunesse Trouvé dans le plaisir un instant de bonheur Sans penser te déplaire et nourrir en mon cœur Tout affamé de vie un amour qui te blesse ; Et si j'ai pu parfois sans manquer à l'honneur Aimé plus qu'il ne faut, pardonne ma faiblesse, Si pour avoir aimé tu me punis, Seigneur.

Si pour avoir cherché dans mon humble carrière Ce que peut contenir de joie et de bonheur Le cycle si restreint de la vie éphémère, Si dans de vains projets j'ai gaspillé mon cœur Et dépensé ma force à courrir la chimère, Songe que je l'ai fait sans nuire à mon labeur, Si pour avoir cherché tu me punis, Seigneur.

Si pour avoir pleuré tu me punis, Seigneur,

Si je me suis senti faible aux heures de souffrance

Et si je suis tombé dans la désespérance,

Au lieu de me raidir si j'ai manqué de cœur

Daigne songer que .l'homme est faible de naissance-

Aussi si j'ai pleuré pardonne-moi, Seigneur.

-eSten

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