‹ Chant du soirChapitre 4 sur 30 · A MA MÈRE · texte numérisé non relu

A MA MÈRE

SUR son front refroidi je viens de déposer Pour la dernière fois un filial baiser, Et, penché sur la couche où gît l'inanimée, J'ai contemplé sa lèvre à tout jamais fermée. Emu, j'ai cru saisir dans son regard éteint, L'aube de l'au-delà qui scelle son destin.

Oh ! si je n'avais point l'espoir d'une autre vie, Si celle que je pleure et qui nous fut ravie Descendait tout entière au fond du trou béant, Sa poussière à la tombe et son âme au néant, Je dirais au Seigneur : * ' A quoi sert sur la terre D'être épouse fidèle et d'être bonne mère Si pour tant de soucis et tant de dévouements Il ne reste de nous que de vils ossements ? " Oh ! non, Dieu de bonté, «ela n'est pas possible ; Ton cœur est plein d'amour si ton bras est terrible, Et ceux que tu fis naître ont droit à ta pitié ! Je t'en supplie au nom du Grand Crucifié, Pour éclairer mon deuil d'un rayon d'espérance, Faire taire le doute et calmer la souffrance, Permets que je la voie, ô douce vision ! Contemplant pour toujours les splendeurs de Sion.

Hommage à l'Aima Mater

Poème dit par l'auteur à un banquet donné par le Séminaire de Québec à tous ses anciens élèves

VIEUX murs restés debout, toit deux fois séculaire, Que le temps, œuvre étrange, a presque rajeunis, Lorsque je viens goûter votre ombre tutélaire Il se mêle une larme aux souvenirs bénis.

Car je salue en vous un passé plein de gloire. Car deux siècles durant vous avez abrité L'espoir de notre race, et notre jeune histoire S'inspire au seul aspect de votre vétusté.

Oui, j'aime à te fouler, vieux seuil du séminaire, Ruche qui vit surgir de si brillants essaims, Tant de morts glorieux que le présent vénère, Et qui furent jadis des héros et des saints.

Et parmi tous ceux-là que la Patrie honore, Combien depuis Laval, combien ont disparu, Des meilleurs, des plus grands, mais il en reste encore Car dans ce siècle-ci leur nombre s'est accru.

Quand mon regard ému lentement se promène

Sur ces fils de Laval accourus de partout

Je comprends que cette œuvre est plus qu'une œuvre humaine,

Que c'est Dieu qui la guide et la maintient debout.

Nous sommes tous venus, les uns chargés d'années, Nous mêlant avec joie aux jeunes d'aujourd'hui, Oubliant — fut-ce un jour — nos pénibles journées Pour parler du passé qui si rapide a fui ;

Pour évoquer ce temps de douce quiétude, Heures dont nul chagrin n'assombrissait le cours, Cette époque où les jeux, la prière et l'étude D'une inégale part se partageaient nos jours.

Il en est parmi vous dont la fortune est faite ; D'autres — je suis du nombre — ont, quels tristes aveux ! Moins d'or dans le gousset que d'argent sur la tête, Si par bonheur ils ont conservé leurs cheveux.

Beaucoup de jeunes fronts, mais peu de têtes blanches, Preuve que le trépas a fauché parmi nous ; Que nous, acteurs d'hier, il faut laisser les planches A ceux que nous bercions hier sur nos genoux.

Pour les jeunes c'est un passé hé de la veille ; Pour les hommes mûris un souvenir lointain. Pourtant le même amour réunit — ô merveille ! — Les hommes du midi, du soir et du matin.

Oubliant les pensums, les longues retenues, Cadeaux assez fréquents du grave magister, Trois générations en ce jour sont venues Applaudir aux progrès de leur Aima Mater.

De cette Aima Mater toujours je me réclame, En tout temps depuis lors je me suis souvenu. Les Hamel, les Mathieu, les Roussel, les Laflamme Sont là pour témoigner que j'y suis revenu.

J'habite la maison par un autre moi-même, Heureux que le présent prolonge le passé Grâce à mon fils unique, en lutte avec le thème, Qui trouve après trente ans le chemin tout tracé.

Oh ! qu'il fait bon songer à ce temps de jeunesse, Ensemble se revoir, les jeunes et les vieux Afin que pour un jour ce doux passé renaisse Avec son épopée et les morts glorieux.

Et s'il était permis à ma muse craintive D'évoquer devant vous mes professeurs aimés, J'en compterais plusieurs dont la mort trop hâtive A jeté la stupeur dans les rangs décimés.

Et je vous parlerais de ceux-là qui survivent, Fier de les voir ici, brûlant de les nommer, De constater qu'en eux les disparus revivent Avec le dévouement qui les a fait aimer.

D'abord monsieur Roussel dont le regard sévère Et les sourcils froncés parfois nous faisaient peur. Il est un des premiers parmi ceux qu'on révère, Cachant un vrai cœur d'or sous un masque trompeur.

Et monseigneur Hamel, ce doyen vénérable Qu'ont connu tour à tour trois générations, Qui, modeste savant, d'un flegme impénétrable Se plait dans le problème et les abstractions.

Puis monseigneur Bégin, professeur de cinquième, Non pas le moins aimé, car il était de ceux Qui, poussant l'indulgence à sa limite extrême, Semblaient prendre en pitié l'écolier paresseux.

Car malgré ses leçons empreintes de tendresse, Ses avis paternels d'un si noble abandon, Travailleur indolent, j'abritais ma paresse A l'ombre de son cœur toujours prêt au pardon.

Elèves d'autrefois, si nous avions des maîtres Qui nous faisaient trouver le règlement plus doux, Moins cruels les pensums, moins lourds les hexamètres, Elèves d'aujourd'hui, n'en soyez pas jaloux.

De nouveaux professeurs le eollège s'honore, Et l'œuvre de Laval n'a pas dégénéré ; Les Roy. les Gosselin et bien d'autres encore Veillent d'un œil jaloux sur le dépôt sacré.

Foyer de dévouement, rempart de notre race, Aux dernières clartés du siècle qui s'éteint, Quelque soit l'horizon que le regard embrasse, Malgré tes deux cents ans tu n'es qu'à ton matin.

Asile de la paix, à l'abri des orages, Calme et fraîche oasis des déserts d'ici-bas, Dans ton sein nous venons retremper nos courages Pour reprendre demain nos travaux, nos combats.

Cultive avec amour la fleur de la jeunesse, Fais des hommes au cœur capable de lutter, Et que de tes leçons si fécondes il naisse Une race qui puisse aux assauts résister.

Le Sou de la Pensée française

AU vol léger de la chanson Qu'un peuple chante à l'unisson, Nouvelle et douce Marseillaise, Toi qui seras piastre demain, Allègrement va ton chemin, 0 sou de la pensée française.

Aide à nos frères de là-bas A poursuivre les bons combats, Dis-leur qu'avant rail huit cent seize Sur les rives du St-Laurent, En luttant, priant et souffrant On sut forger l'âme française.

Si sans aide nous avons pu, D'un travail ininterrompu Conserver pure notre race, Qu'ils soient fermes et comme nous, Sans jamais ployer les genoux, Qu'ils voient l'ennemi face à face.

Depuis deux ans qu'as-tu donc fait, O sou de la Pensée française ?

A ton devoir, as-tu forfait Et que penser de ta genèse ?

Personne ne parle de toi Qui devais faire des merveilles Et je cherche quel est le toit Où tu pus abréger les veilles.

As-tu chez nos frères là-bas Ouvert de nombreuses écoles Et sans causer de branle-bas Parmi les classes agricoles ?

Dis donc, as-tu fait ton chemin, Sans nul affront, le cœur à l'aise Et de l'argent tout plein la main.

O sou de la Pensée Française ?

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