II I
0 sou de la Pensée Française, A l'appel tu ne réponds pas.
Depuis déjà mil neuf cent seize, Et nous faut-il sonner tes glas ?
Es-tu tombé dans quelque piège Que les Boches t'auraient tendu, Ou, victime d'un sortilège, A ton retour t'es -tu perdu ?
rangisme en
Cole
ère
^^OUR obtenu* la paix faut-il courber la tête Et laisser s'épuiser l'effort de la tempête ? Mais non, il faut lutter et lutter jusqu'au bout. Pour être sûrs de vaincre il faut rester debout ! Et forts de notre droit en face de l'orage, Avoir, non point la peur mais un noble courage Qui, se dressant devant l'orangisme brutal, Veut qu'un peuple soit libre en son pays natal. Il faut, pour obtenir la paix, quoiqu'il advienne, Que l'ennemi maté malgré lui se souvienne
Qu'avant lui sur es sol rougi de notre sang
De la Gaule on parlait le verbe éblouissant ;
Que nous, les descendants d'une race héroïque,
Nous, les premiers colons sur ce sol d'Amérique,
Nous devons garder pur, comme un dépôt sacré
Légué par nos aïeux, ce verbe vénéré.
Et qu'ils sachent enfin que pour ce droit de vivre
Vont lutter sans merci tous ceux qui vont survivre,
Comme ceux de la veille et ceux-là d'aujourd'hui,
Jusqu'au jour où la paix bien gagnée aura lui.
S'il faut lutter, vingt ans, trente ans, luttons, quand^même
Pour garder chez l'enfant le doux parler qu'il aime.
Et pendant ce temps-là notre nombre triplé
Se dressera devant l'orangisme affolé.
Formuler cet espoir, ce n'est point un vain rêve,
Car l'Ontario nouveau, sans relâche et sans trêve,
Se peuplant de nos gars, sera notre rempart
Contre le vent mauvais qui souffle d'autre part.
Stances Imprécatoires à Lawrence
Lues à Arichat, Cap Breton, le 15 août 1900
AUX rives d'Halifax que le sombre Atlantique Berce de ses clameurs et blanchit de ses flots L'étranger croit entendre une voix fantastique Qui jette à la cité ses éternels sanglots.
Mais pour un cœur français c'est le cri d'une race Qui. troublant le sommeil de son persécuteur, Le poursuit dans la tombe et lance dans l'espace, Défi d'un peuple libre, un chant libérateur.
Car près de la cité se dresse un mausolée, Monument de triomphe éphémère et d'orgueil ; C'est là que le bourreau d'une race exilée, Depuis un siècle dort, couché dans son cercueil.
Tu croyais ton sépulcre un suprême refuge Où d'un calme sommeil tu dormirais toujours. Mais voici que se lève un peuple, il est ton juge Et contre toi prononce un arrêt sans recours.
Ah ! tu comptais pour rien la justice éternelle Qui se fait bonne et douce au peuple dépouillé, Et c'est en vain qu'Aikens, d'une main criminelle Déchira le feuillet par ton crime souillé.
Toi qui dans ton orgueil rêvais la renommée Grâce à des mots menteurs sur ton marbre poli Tu n'as que le mépris d'une race opprimée. Et moins cruel pour toi serait le morne oubli.
Des crimes que l'histoire avec des pleurs raconte, Dis, en' est-il un seul plus lâche que le tien ? Tu voulais le silence et voici que ta honte Sera des temps futurs l'éternel entretien.
Rêvant un double coup de vol et de vengeance, Voulant d'un peuple heureux faire un peuple martyr, Tu réponds par la ruse au serment d'allégeance, Et pour rester le maître, il t'a fallu mentir.
Tu ne dormiras plus ; l'histoire vengeresse, Comme un vil malfaiteur te cloue au pilori ; Le fardeau de ton crime implacable t'oppresse Et d'un infâme sceau marque ton front meurtri.
Aux fils des vieux proscrits qu'importe que tu pleures Qu'importe la rigueur de ton juge irrité î Pour consommer ton crime il t'a donné des heures Et pour t'en repentir toute une éternité.
0 quel sinistre effort, ô quel triste courage Il t'a fallu pour vaincre un peuple désarmé ! Pour livrer aux périls de la faim, du naufrage Des preux chassés du sol pour l'avoir trop aimé !
Ah ! t' acharner contre eux sans pitié, quel vertige ! C'était renouveler, seul, l'effort des Titans ; D'une race vouloir effacer tout vestige, C'était braver le ciel et compter sans le Temps.
Le Temps plus fort que toi t'a couché dans la bière Et pendant que tu dors dans la nuit des tombeaux Un peuple grandissant, debout sur ta poussière. Rêve des jours plus grands et des destins plus beaux.
Il te fallait leurs champs, leurs troupeaux et leurs vies, Et lorsque sur vingt bords tu les eus dispersés. Alors que triomphait ta rage inassouvie, Soudain vint le trépas qui te dit : c'est assez !
Pour tes débiles bras la tâche était trop grande ; Un être disparaît, un peuple ne meurt pas. Qu'il s'appelle Acadie ou se nomme l'Irlande, Il peut subir l'outrage, il nargue le trépas !
Et plus tard on le voit, malgré les hécatombes .Réunir lentement tous ses tronçons épars, Et ce sol qui s'était jonché de tant de tombes Se couvre de berceaux surgis de toutes parts.
A quoi t'a donc servi ce crime si barbare, Puisque le temps vengeur défait ce que tu fis. Que l'histoire te somme et te cite à sa barre, Que les aïeux trahis sont vengés par leurs fils
Quand d'un peuple au berceau tu dispersais les langes Et que tu les jetais au gré de tous les vents, Qui t'eut dit que plus tard, en nombreuses phalanges, De partout surgiraient les fils des survivants ?
Voici qu'autour de toi se groupent tes victimes. Vrais spectres de ton rêve, ils se dressent partout ; Et, cherchant sur le sol la trace de tes crimes, Cent vingt mille Acadiens près de toi sont debout.
Des bords les plus déserts, des plus lointaines îles Où les avaient jetés tes édits inhumains, Sous le ciel des aïeux rêvant d'autres asiles. Ils sont venus par bande et par tous les chemins.
A travers les forêts errant à l'aventure, Ils ont vu l'étranger jouissant sans remords Des champs par eux semés, et foulant, ô torture, D'un pied indifférent la cendre de leurs morts.
Ce sol vous appartient, ô frères d'Acadie, Et la main qui, cruelle en chassa les vivants, Et sur vos bourgs déserts promena l'incendie Oublia de jeter vos morts aux quatre vents.
Et vous tenez par eux à la' terre usurpée ; Ils en sont â jamais les fidèles gardiens, Et ce ne sera point la ruse ni l'épée Qui rendra leurs foyers aux martyrs acadiens.
A nos frères tendons une main fraternelle ; Heureux de leur réveil, aidons à leurs destins. Qui sait ce que le temps apporte sur son aile Et quelle aube se lève aux horizons lointains ?
Qui sait ce que Dieu veut d'une race aussi forte Et vers quel but secret peut-être il la conduit ? Quelque soit l'avenir que l'autre siècle apporte, Non, ce n'est point la mort, non, ce n'est point la nuit.
Oui, nous t'aimons, ô doux pays d' Evangeline, Sol arrosé de pleurs, sol imbibé de sang. Le Canada français te salue et s'incline Devant ton passé sombre et ton réveil puissant.
Ne nous séparons plus, qu'une même devise Nous unisse à jamais ; nous en serons plus forts ; Ayons même souci, que rien ne nous divise ; L'œuvre à poursuivre vaut de suprêmes efforts.
O moderne tyran, nul d'entre nous ne t'aime Et pourtant la pitié hante mon cœur chrétien. Voici que sur ma lèvre expire l'anathème. Car nous avons un Dieu moins cruel que le tien.
Qu'au fond de tous les cœurs veille cette espérance Qu'une heure doit venir où, le ciel nous aidant, L'héroïque Acadie et la nouvelle France - Feront surgir ici la France d'Occident.
Il veut que nous soyons, pour oublier l'offense, Fermes dans le revers, calmes dans le succès ; Aussi depuis cent ans, légitime défense, Notre vengeance à nous, c'est de rester français.
Pour rendre justice à I,awrence je dois dire au lecteur que tout dernièrement, en fouillant les archives, à Iyondres, on a découvert que le gouver neur de la Nouvelle-Ecosse a agi suivant les ordres de la Métropole.