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Chapitre xviii

La municipalité avait réduit les lits de quatorze à sept pour les hommes, et au même chiffre pour les femmes. Les treize places fondées par le prince Louis-Joseph pour les soldats vétérans de l’infanterie française ou étrangère au service de la France, furent abolies.

Des jours moins sombres se levèrent cependant ; en 1801 , l’administration demande des sœurs pour régulariser les services intérieurs, mais aucune délibération n’appuie cette motion. En 180}, le sous-préfet de Senlis réclame six lits pour y admettre autant de soldats en garnison à Chantilly. En 1 8 1 o, l’administration, donnant suite au vœu exprimé en 1801 , rappelle les sœurs aux divers services de l’hôpital, mais ce ne sont pas encore les filles de Saint- Vincent de Paul ; des religieuses jansénistes, dites, crovons-nous, de Sainte-Marthe, y restèrent quelque temps.

Voici la Restauration et le retour des princes de Condé. Dès la fin de janvier 1815, Louis-Joseph s’occupe de l’hôpital, il écrit : « Nous, Louis- Joseph de Bourbon, prince de Condé, convaincu de la nécessité de faire cesser le désordre qui règne dans presque toutes les parties de l’administration de l’hôpital de Chantilly, en notre qualité de fondateur et de conservateur du dit hôpital, usant des droits dans lesquels nous avons été rétablis par l’ordonnance du roi du 14 janvier 1815, ainsi que du pouvoir que

nous donnent les lettres patentes du mois de mai 17)6, avons ordonné : l’administration générale de l’hôpital de Chantilly est dissoute: nommons administrateurs : le chevalier de Contye, maréchal de camp; M. l’abbé Le Flamand, curé de Chantilly ; M. Jacquin, notaire, maire de Chantilly ; M. Bougon, l’un des propriétaires delà fabrique de porcelaine; M. Antheaume de Surval, receveur de nos domaines; M. l’abbé Lagniel, aumônier. Nous invitons les administrateurs à se réunir incessamment pour aviser aux moyens de remédier aux abus1 ».

Louis-Joseph de Bourbon meurt le 1 j mai 1818 ; au mois de juin, M. le duc de Bourbon confirme les pouvoirs de la commission administrative, et signe les admissions proposées par elle en faveur des incurables ou vieillards.

Pendant la minorité du jeune héritier des Condé, toutes les décisions de l’administration de l’hôpital sont soumises à 1 approbation de Sa Majesté la reine Marie-Amélie, agissant pour son fils mineur. Sur la demande qui lui est présentée, la reine ordonne l'établissement d’une salle d’asile.

En 18} j, la commission administrative est renouvelée; elle se compose de MM. l'abbé Lucien, curé de Chantilly ; Jacquin, ancien notaire; Bougon; Royer, maire; Du-

1 Les filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul furent alors définitivement réinstallées et depuis n’ont jamais cessé d’exercer dans cette maison leur charitable mission.

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gied, receveur du domaine de Chantilly; Lamartinière.

La chapelle actuelle fut construite en 18^6 pour remplacer la chapelle Saint-Laurent, ainsi nommée de l’ancien cimetière auquel elle attenait.

Non loin de là, se trouve la pharmacie, qui mérite l’attention; les vases qu’elle contient sont de faïence, très gracieusement décorés de guirlandes de fleurs, et portent les armes de Condé. Cette faïence n’a aucune marque, mais les princes possédaient plusieurs fabriques de porcelaine, il est probable que ces vases en sortent. Une tradition raconte qu’à l’époque révolutionnaire, pour empêcher la destruction qu’allaient attirer à ces beaux vases les armes de Condé, on se contenta de tourner les armoiries du côté des murs pour ne laisser voir que la décoration de fleurs ; quoi qu’il en soit, les vases ont été entièrement conservés et sont dignes de remarque.

A sa majorité, le duc d’Aumale prend la présidence de la commission administrative et nomme comme vice-président M. Laplagne-Rarris, chargé de toutes ses affaires.

En 1848, M. H. Biesta administre l’hôpital pour le séquestre dont les biens du duc d’Aumale sont frappés. 11 nomme membres de la commission le maire de la ville et M. Andryane1.

1 M. Andryane, compagnon de prison au Spielberg de Silvio Pellico, sortit des for-

En 1849, le séquestre étant levé, le duc d’Aumale rentra en possession de l’hôpital, mais, les décrets impériaux du 22 janvier 1852 obligeant la famille royale à vendre tous les biens qu’elle possédait en France, le prince Elit à Londres, devant notaire, une déclaration par laquelle il maintient ses droits sur 1 hôpital en qualité d’héritier des Coudé, et nomme le duc de Montmorency1 pour le représenter. M. de Montmorency resta à la vice-présidence de la commission administrative jusqu’à sa mort, survenue en 1862. Il fut remplacé par le vicomte de Ségur-Lamoignon.

En 1871-72, le duc d’Aumale, rentré en France, reprit la présidence du conseil d’administration et nomma viceprésident le comte de Hédouville, ancien officier au régiment de Chartres2, et propriétaire à Chantilly. Ce fut sous sa vice-présidence que le duc d’Aumale fit reconstruire le grand bâtiment qui longe la rue de l’hôpital pour y installer la crèche, les écoles et l’ouvroir.

Le comte de Malherbe, ami du duc d’Aumale, succéda,

teresses autrichiennes par ]a protection de la reine Marie-Amélie. M. Andryane habitait prés de Chantilly le château de Coye, qui appartient maintenant à ses petits-enfants.

1 Anne-Louis-Victor-Raoul de Montmorency, duc de Montmorency, le dernier en ligne masculine de cette grande et illustre maison, ami fidèle de la famille royale, qui le pleura comme l'un des siens.

2 Le comte de Hédouville tenait si particulièrement à ce titre d’officier au régiment de Chartres qu'il recommanda de l’inscrire dans les lettres de faire-part de sa mort. Cette volonté a été accomplie.

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pour un temps très court, au comte de Hédouville. Enfin, en 189^, le prince appela à la vice-présidence du conseil administratif M. le général de division Béziat, qui sut remplir les devoirs de cette importante fonction avec un dévouement sans bornes et une entente du bien de l’œuvre au-dessus de tout éloge ; ces grandes qualités lui ont valu, avec l’affection et l’estime profonde du prince qu’il représentait, le respect de tous1.

Outre les quatre-vingts vieillards, « cadets et cadettes » \ (quarante hommes et quarante femmesj, les salles de malades, l’asile, les écoles, l’ouvroir, le duc d’Aumale réunit définitivement la crèche à l’hôpital en la dotant. Depuis longtemps, il lui avait donné asile dans les bâtiments nouveaux. Mais elle ne vivait que par les dons, larges, il est vrai, dus à la générosité du prince qui en était le principal bienfaiteur, et des dames patronnesses qui

1 La commission administrative qui assiste le vice-président a de tout temps été choisie parmi les notables de la ville ou des environs. Pour l’époque la plus rapprochée de nous ce fut : M. l’abbé Dessaux, curé de Chantilly, M. l’abbé Corbel, qui lui a succédé, M. Meunier, ancien notaire, M. Comte, maître de fabrique, qui l’un et l’autre firent partie du conseil pendant de longues années, M. Fautrat, ancien inspecteur des forêts, qui veille toujours, comme le lui avait demandé le duc d'Aumale, sur les bois que possède l’hôpital. les membres actuels comptent parmi les propriétaires les plus considérables de Chantilly et apportent toute leur bonne volonté et leur savoir à l’administration de cet utile établissement.

1 Nom que les princes de Condé avaient donné aux pensionnaires de l’hôpital, les baptisant ainsi Cadets de leur propre famille, « les Cadets de Condé ». Ce nom a traversé les temps, les vieillards pensionnaires de l’hôpital le portent encore aujourd’hui.

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avaient désiré continuer à s'en occuper ; par cela même son existence était précaire ; avant son établissement à l’hôpital, on avait eu déjà une lois la preuve du peu de stabilité de son organisation; les patronnesses ne pouvaient répondre de continuer l’œuvre à perpétuité ; trouveraiton les mêmes sentiments de bienveillant intérêt parmi de nouvelles venues, ne résidant pour la plupart que quelques mois dans ce pays ? Il était nécessaire d’assurer l’avenir de cette charité si utile ; ce fut la pensée du duc d’Aumale, qui, en se chargeant de la crèche et la confiant à 1 hôpital, voulut cependant qu elle gardât le souvenir de ses premières bienfaitrices ; leurs noms restèrent inscrits sur les berceaux.

Telle a été dans le passé, telle a continué à travers les siècles, et telle reste dans le présent la grande institution de bienfaisance à laquelle est attaché le nom de Condé, que le duc d’Aumale ne cessa jamais de protéger, s’en intitulant le « conservateur » et lui prodiguant toutes les marques de la plus charitable sollicitude.

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