‹ ChantillyChapitre 104 sur 105 · C H A P I T R E XIX · texte numérisé non relu

C H A P I T R E XIX

Chantilly pour aller en Sicile. Ce pays, pour lui plein de souvenirs, doit beaucoup à sa bienfaisance ; il y était toujours accueilli avec joie. Au cours de ce voyage, il devait recevoir sa famille à Palerme; sa sœur, Mme la princesse Clémentine, F y avait accompagné.

L’époque de la rentrée à Chantilly était fixée dès le départ, car il ne pouvait s’en éloigner longtemps, le sol de la France lui manquait. Hélas! c’est ici qu’il faut dire : « Les pensées et les projets de F homme s’évanouissent en un moment, et ses jours fuient comme l’ombre ». Tout au plaisir de revoir les siens, préparant les excursions qu’il savait leur être agréables, le duc d’Aumale continuait la vie calme qui lui était habituelle, quand l’effroyable catastrophe du Bazar de la Charité vint terrifier le monde. Loin de Paris, il est impossible d’ajouter foi aux sinistres nouvelles, tant elles semblent invraisemblables ; mais les dépêches se succèdent; Lune d’elles confirme la mort de la duchesse d’Alençon; son fils télégraphie : « Ma chère mère a péri dans les flammes » !

En lisant l’horrible vérité, le prince pencha la tête et resta immobile.

Cet effroyable malheur causa-t-il des émotions dont seul se rendit compte celui qu’elles saisirent? Dieu le sait !

Le 7 mai à deux heures du matin, le duc d’Aumale rendait le dernier soupir! Quelques instants d’angoisse indicible, puis tout fut fini en ce monde, hors la douleur des siens, et de ceux qui pleuraient cette grande et noble vie, dont la dernière heure sonnait inattendue, laissant d’ineffaçables regrets !

Ce prince avait largement payé le tribut que toute créature humaine doit à la souffrance ; les plus poignantes douleurs atteignirent son cœur, mais la vaillance de son âme trouva, dans la recherche du secours d’en-haut, dans sa propre grandeur, la force de garder en elle-même ses intimes blessures pour ne laisser voir au monde qu’une haute sérénité.

Chantilly ressentit douloureusement l’événement qui le privait de son royal ami et bienfaiteur; le duc d’Aumale avait non seulement pour la demeure, mais encore pour la ville, un attachement qu’il prouva souvent dans les grandes comme dans les petites circonstances. 11 rendit agréables et accessibles à tous les promenades du parc et de la forêt.

Sa charité, toujours active, mais toujours discrète, s’exerçait là comme partout, mettant en pratique les leçons de l’Évangile que lui avait enseignées la reine sa mère : « Que la main gauche ignore ce que fait la main droite ».

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