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père. Néanmoins il pense à y rentrer après sa blessure du 8 septembre 1648 devant Fûmes. La reine le rappelle par deux billets successifs : « Votre repos à la cour peut être aussi utile que votre travail à la campagne », dit Sa Majesté.
Condé revint lentement à Chantilly, se souciant peu de se retrouver à la cour et pressentant les difficultés qui l’y attendaient. Il veut avant tout revoir la « petite chambre » et prendre les eaux de Forges; mais, pressé de nouveau, il se rend à Rueil où est la cour.
Voici la Fronde, les princes arrêtés, conduits à Vincennes (18 janvier 16^0). Pendant ce temps., Chantilly devint l’asile des princesses de Condé. Nous savons quels importants événements s’y passèrent, comment on s’y occupait des prisonniers, tout en sachant rendre cette demeure agréable et charmante aux amis qui entouraient les princesses en disgrâce. Nous avons ÏEpître de Sarrasin à Mme de Montausier : « Plier entre chien et loup, je rencontrai dans la grande route de Chantilly... Mme la Princesse, m’ayant aperçu, m’appela et me dit : Sarrasin, je veux que vous alliez tout à cette heure écrire à Mme de Montausier que jamais Chantilly n’a été plus beau , que jamais on n’y a mieux passé le temps, qu’on ne l’y a jamais davantage souhaitée et qu’elle se moque d’être en Xaintonge pendant que nous sommes ici. . . »
Cette épître, entremêlée de vers et de prose, est une charmante et vivante description de la vie des grandes dames de ce temps. D’autre part, Lenet, si longtemps familier de la maison de Condé, que l’on peut appeler le bras droit de M. le Prince, décrit avec détails les occupations et les actions des princesses et des dames à Chantilly pendant le printemps de i6jo : « Quand j’étais à Chantilly, dit-il, j’avais souvent l’honneur de me promener avec les princesses, la duchesse de Châtillon, la comtesse de Tourville1. Ces promenades étaient les plus agréables du monde; nous formions mille projets chimériques pour la liberté des princes ou pour avoir correspondance avec eux. La princesse douairière avait l’esprit agréable et la conversation galante. Elle parlait souvent avec douleur de 1 ingratitude de la reine envers elle, se souvenant des services qu’elle lui avait rendus pendant la vie du feu roi, dont elle disait mille particularités curieuses de ce qui s’était passé du temps du duc de Buckingham, du comte de Holland et des ducs de Bellegarde et de Montmorency. Elle nous peignait avec horreur le caractère du cardinal de Richelieu; elle ne lui avait jamais pardonné le supplice du maréchal de Montmorency son frère. Elle nous contait encore des singularités fort particulières et diver-
1 Dame d’honneur des princesses.