Chapitre iv
du résultat. Tout cet extérieur fut terminé en 1684.
M . le Prince commença alors la transformation du château ; il n’en vit pas la reconstruction, heureusement pour sa renommée d’artiste et d’homme de goût, dit son historien1.
C’est alors que Mansart construisit l’immense bâtisse que la Révolution devait détruire, et que les souvenirs de jeunesse du roi Louis-Philippe lui représentaient comme rappelant l’hospice des Quinze-Vingts.
A côté de cet amas d’étages, de fenêtres, de tours, fut heureusement conservé le petit manoir élevé par le connétable Anne de Montmorency, la Capitainerie, nom sous lequel il était connu. Louis de Bourbon s’y était ménagé ses appartements particuliers ; là se trouve encore, de nos jours, « la petite chambre » où le héros venait se reposer au temps des grands exploits de sa jeunesse et que sa mère faisait préparer pour le recevoir. Tout ce premier étage restera à son usage. 11 destina le rez-dechaussée à sa belle-fille, Anne de Bavière, et à ses enfants; de là, la dénomination conservée jusqu’à la Révolution à ce rez-de-chaussée, « appartement des enfants ».
En [684, à l’occasion d’une visite du roi à Chantilly, le duc d’Enghien, saisissant l’occasion longtemps cherchée,
1 Le duc d'Aumale, Histoire des princes de Coudé, t. Vit, p. 706.
« enleva » le mariage de son fils, le duc de Bourbon, avec Mlle de Nantes, fille légitimée de Louis XIV ; le jeune prince n’avait pas encore quinze ans, et Mlle de Nantes entrait dans sa treizième année.
Au premier étage de la Capitainerie ou petit château, la galerie « où sont peintes les actions de M. le Prince » n’était pas achevée à la mort du héros; les tableaux qui l'ornent aujourd’hui, commandés de son vivant, furent terminés et mis en place par les ordres de son fils ; il est cependant de tradition que pour ceux qui représentent Rocroy, Fribourg, Nôrdlingen, M. le Prince en ait luimême indiqué la disposition. Il existait autrefois un très grand tableau de la bataille de Rocroy dont il reste un fragment notable, l’ordre de bataille, donné et disposé par Condé avec une scrupuleuse exactitude. Ce premier tableau a sans doute servi à l’achèvement de celui de la galerie. La série entière, comprenant onze toiles de grandes dimensions, fut exécutée de 1686 à 1694 par Sauveur Lecomte. Elle montre les actions militaires du Grand Condé depuis sa première campagne, 1640, jusqu’à l’année 1674 (bataille de Seneffe), à l’exclusion des faits de guerre accomplis de 1652 à 1659, période de rébellion du héros. Ceux-ci sont rappelés dans une peinture allégorique que le fils du Grand Condé fit exécuter