Chapitre v
le lieu où Monseigneur devait chasser, M. le Prince y était pour lui faire commencer la chasse. Il prit ce divertissement jusqu’à cinq heures du soir, avec grand plaisir pour la quantité de perdreaux et de faisandeaux qu’il y trouva. 11 alla ensuite à la « Table » 1 qui indique le milieu de la forêt. La figure de ce lieu est ronde, partagée en douze routes dont cette table est le centre. Ce lieu était tout environné d’arcades de feuillage correspondant aux douze routes. Sur la table était servie la collation ; une grande corbeille d’argent en ornait le centre, reliée par des guirlandes de fleurs à d’autres corbeilles de vermeil remplies des plus beaux fruits du monde. On mit le couvert de Monseigneur vis-à-vis de la route qui va vers Chantilly. Pendant cette collation, les yeux furent distraits par un divertissement mythologique où l’on vit paraître toutes les divinités des bois, dont les danses étaient accompagnées de la plus belle musique. Ensuite le prince arriva à Chantilly par l’une des routes de la forêt, au bout de laquelle on trouve une demi-lune qui conduit à l’avant-cour du château. Cette avant-cour n’est pas achevée, elle est
1 Table de pierre qui existe encore. De nos jours ce lieu sert comme autrefois de rendez-vous pour les chasses à courre. Au temps des princes de Condé, avant leur émigration et depuis leur retour, on y disposait souvent des tentes qui permettaient de déjeuner au rendez-vous. C’est maintenant un but de promenade d’où l’on peut suivre tout le mouvement et les péripéties des chasses.
C II A N T I L L Y
tout entourée d'eau et située près d'un étang nommé l’étang de Sylvie. A l’entrée se trouvent deux pavillons1, puis on monte à une grande terrasse au milieu de laquelle s'élève la statue équestre du dernier connétable de Montmorency2.
« Le château est un édifice lort ancien, irrégulier, assis sur une roche au milieu de grosses sources. M. le Prince fait présentement travailler3 à donner au dehors une face nouvelle.
« A gauche, détaché du château, est un grand logement dont le rez-de-chaussée est à fleur d’eau du grand fossé; c’est là, au premier étage, que loge Monseigneur. Ce second château, bâti par MM. de Montmorency, s’appelait la Capitainerie ; feu M. le Prince4 en avait fait accommoder le dedans un an avant qu’il mourût.
« L’appartement occupé par Monseigneur pendant toute la durée des sept jours de fêtes, est composé d’un grand salon, d’un grand cabinet dont la vue donne d’un côté
1 Ces pavillons n’ont pas changé.
- C’est à-dire du connétable Henri de Montmorency, père de la princesse de Condé. Cette statue, renversée au temps de la Révolution, a été remplacée en 1887 par celle du connétable Anne, œuvre de M. Paul Dubois.
3 Le bâtiment de Mansart n’était pas terminé, il n'avait pas encore détruit l’irréguiére, mais intéressante petite forteresse, pour faire place aux façades régulières jusqu’à l’exagération et sans caractère, qu’il construisit.
k Le Grand Condé.