‹ ChantillyChapitre 31 sur 105 · Chapitre vi · texte numérisé non relu

Chapitre vi

sédait son père. Ce prince avait un peu moins de dix-huit ans; vu ce jeune âge, il resta par ordre du roi sous la tutelle de sa mère, et du duc d’Antin pour la gestion de ses biens1.

Né à Versailles le 18 août 1692, Louis-Henri épousa : i° Anne-Marie de Bourbon, fille de François-Louis, prince de Conti, qui mourut sans laisser d'enfants; 20 Caroline de Hesse-Rhinfeld, laquelle fut mère d’un fils unique.

C’est M. le Duc (Louis-Henri conserva ce titre toute sa vie) qui, dans un avenir très prochain, devait réaliser les projets formés par son grand-père pour l’agrandissement et les nombreux embellissements de Chantilly ; aussitôt qu’il eut atteint sa majorité, il mit à ces travaux tous ses soins, et, à l’exemple de son grand-père, y employa des sommes énormes.

Les façades, sur les cours intérieures du château, furent entièrement changées. La chapelle, qui datait des anciens seigneurs, fut reconstruite. De 1718 à 1722, l’œuvre de Mansart sur les grandes façades s’achèvera; ce qui reste de l’ancien château disparaîtra ; l’élévation seule cependant sera modifiée; ni les fondations, ni les substructions ne changeront dans aucun temps.

Le petit château (Capitainerie) échappa à toute recons-

1 Mémoires de Saint-Simon.

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truction ; mais la décoration intérieure fut entièrement refaite.

Les grandes écuries, ou plutôt le palais des chevaux, fut commencé en 1719. Monument à peu près unique dans ce genre, plus de deux cents chevaux y trouvaient place; audessus, quarante chambres étaient occupées par un monde de serviteurs. Dans les cours de cet immense bâtiment et dans des logis spéciaux, habitaient les diverses meutes, du cerf, du sanglier, du chevreuil; un nombreux personnel vivait dans l’enceinte de ce palais. Les remises et emplacements nécessaires aux voitures de toutes sortes et aux harnachements s'y trouvaient aussi. Ce monument fut terminé en 17^6. La pierre qui servit à le construire fut prise sous la pelouse qui l’environne. Le dôme central était surmonté d'une Renommée; cette statue fut abattue à coups de canon en 1792 lorsque la garde nationale de Paris envahit le château.

En 1718, la duchesse de Berry, fille du Régent, vint à Chantilly et y passa plus d’une semaine; chaque jour lui offrit une fête nouvelle; la profusion, la magnificence, le bon goût, Part et l’agrément y présidèrent. La princesse y était accompagnée de toute sa cour et eut lieu d’être satisfaite des honneurs qui lui furent rendus. 11 faillit arriver pendant ces fêtes une aventure tragique, que racon-

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tent les mémoires du temps : « M. le Duc, écrit Saint- Simon, a, de l’autre côté du grand canal, une très belle ménagerie1 remplie de bêtes et d’oiseaux rares. Pendant que toute cette cour rassemblée s’y promenait, un grand et fort beau tigre s’échappa et courut par les jardins ; on peut juger de l’effroi qu’il causa ! Heureusement, après un temps assez long, on put le « rapprocher » et adroitement le faire rentrer dans la loge, sans qu’il ait fait mal à personne que la plus grande peur ».

L’intérieur du grand château fut, à cette époque, entièrement renouvelé et divisé en grands et très somptueux appartements. Au-dessus du musée actuel, c’est-à-dire au premier étage d'alors, fut installé l’appartement du roi, comprenant tout l’espace qui s’étend de la chapelle maintenant existante, et au-dessus des galeries ouvertes sur l’esplanade, jusqu’à la première tour au nord, ou tour de Senlis, et sur les jardins, rejoignant la tour du Trésor près du pont de la Volière. Cet appartement occupait ainsi la plus grande partie du château. Il se composait, outre les salles des gardes, d’une longue galerie, de très grandes chambres d’apparat et de grands salons.

L’appartement de la reine commençait au grand ves-

1 Nous avons donné un aperça descriptif de cette ménagerie, dont le prince Henri- Jules termina les bâtiments et les embellissements.

tibule actuel et continuait jusqu’à la tour du trésor.

La chapelle s’élevait vers le milieu de la cour d honneur, où commence maintenant l’escalier. On pouvait y pénétrer, par l’intérieur, de l’appartement de la reine.

En 1722, le roi Louis XV vint à Chantilly, et y resta du 4 au 8 novembre. Sa Majesté partit de Villers-Cotterets, venant de Reims, le 4 à 10 heures du matin, et arriva à Chantilly à j heures du soir. Le château était magnifiquement illuminé; à l’extérieur, tous les détails des bâtiments étaient « aussi visibles qu’en plein jour ».

Ces fêtes furent dignes de celui auquel elles étaient offertes et de celui qui les offrait. D après les descriptions du temps, elles tinrent de la féerie : chasses, divertissements du jour et du soir, théâtre, ballets, comédie italienne; chaque instant était marqué par un spectacle nouveau, les jardins illuminés chaque soir, et, le dernier jour, feu d’artifice. Pour cet amusement final, on avait élevé, sur la plate-forme du grand degré du parc, un pavillon « en manière de chambre somptueusement meublée », où le roi devait se rendre pour jouir du spectacle.

Une curieuse et rare gravure représente le ballet dansé devant le roi le ç novembre 1722 ; ce ballet avait pour titre les Vingt-quatre Heures.

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