CHAPITRE VIII
’ année 1770 vit le mariage du très jeune duc de Bour-
1^ boa. Louis-Henri-Joseph de Bourbon, duc de Bourbon, avait quinze ans à peine ; celle qu’il avait choisie en avait vingt. Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans était intimement liée avec la princesse Louise de Coudé, sœur du duc de Bourbon ; les deux amies étaient ensemble à l’abbaye de Panthémont.
Comment cette imprudente union fut-elle consentie par les deux familles ? on ne saurait répondre à cette question d’une manière satisfaisante, si ce n’est que la faiblesse des deux pères 11e résista pas aux prières des enfants. La fiancée était belle et paraissait plus jeune encore que ses vingt ans; le fiancé charmant, plein de grâce et d’entrain, semblait plus âgé que son trop jeune âge. Le roi donna son assentiment et le mariage eut lieu au mois d’avril de cette année 1770.
Quelques mois après, Chantilly se préparait à recevoir la jeune dauphine Marie-Antoinette. Le prince de Condé
lui offrit trois jours de fêtes sans pareilles, pendant lesquelles la duchesse de Bourbon se montra, non seulement aimable et charmante princesse, mais encore maîtresse de maison accomplie, entrant dans les sentiments, les habitudes et les goûts de sa nouvelle famille.
Louis-Joseph aimait le monde ; parmi les distractions qu’il offre, le théâtre surtout l’attire; la jeune duchesse apporte à ce plaisir un élément nouveau. Ainsi que la plupart des femmes de son temps, elle aime à jouer la comédie et à composer des pièces dont elle-même, sa famille et ses amis jouent les rôles.
Le théâtre de Chantilly était digne de servir de cadre aux princes et aux princesses qui s’y montraient. Construit à l’extrémité de la merveilleuse terrasse des vases, ainsi nommée à cause des quarante-huit vases de marbre blanc dont elle était ornée1, on y arrivait par le salon d’Apollon et un escalier à deux rampes. La décoration, très riche, à fond bleu rehaussé d’argent, était, aux lumières, d’un goût très délicat et d’un grand éclat. Au-
1 Une ancienne tradition disait que ces vases avaient été donnés par quelque grand seigneur florentin à un Montmorency, sans doute au maréchal et à sa femme Marie Félice des Ursins. L’opinion maintenant est qu’ils sont plus modernes. Quoi qu’il en soit, cette superbe terrasse avait été construite à l’intention de les y placer; ils y restèrent jusqu’à la Révolution. Transportés alors au Luxembourg, puis rendus aux Coudé à leur retour en France, ils ornent maintenant les jardins de Chantilly. Ils sont de forme ovoïde; les anses en plomb bronzé représentent des têtes de bélier.