Chapitre vii i
C’est ainsi qu’y séjournèrent le roi de Danemark, le prince héréditaire de Prusse, le roi de Suède Gustave III. Ce royal visiteur envoya au prince de Condé, en souvenir de son séjour chez lui, un meuble magnifique 1 qui orne encore une des salles de Chantilly. Ce meuble, fait de bois suédois, contenait de très curieux minéraux de Suède. Il est en marqueterie, orné de bronzes très beaux ; une inscription constate son origine et sa destination : « Offert par Gustave III, roi de Suède, en 1774, à Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé ». Dans un coin, il porte la signature « Haupt, ébéniste du Roi à Stockholm ». Dans la partie élevée et centrale est l’écusson aux armes de Condé ; les colliers des ordres l’entouraient autrefois ; mais celui du Saint-Esprit a en partie disparu.
Le 10 juin 1782, le comte du Nord, qui fut l’empereur Paul de Russie, et sa seconde femme la comtesse du Nord, Dorothée de Wurtemberg, qui fut l’impératrice Marie2, au cours de leur voyage en France vinrent à Chantilly, où les attendait une de ces fêtes dont la maison de Condé avait le secret. La baronne d’Oberkirch, qui suivait la comtesse, en donne dans ses mémoires une intéressante
1 Transporté dans les musées de l’Etat pendant la Révolution, ce meuble fut rendu aux princes de Condé après 1815.
2 Un portrait de cette princesse existe dans les galeries de Chantilly.
description : « 11 fallait, dit-elle, être chez M. le Prince pour 1 heure du dîner, vers i heure. Ce dîner, qui ouvrait la journée, fut splendide; les princes de cette maison ont toujours été magnifiques et chevaleresques. Nous étions cent cinquante; en sortant de table on trouva des calèches attelées. M. le prince de Condé et M. le duc de Bourbon conduisirent eux-mêmes, sous des voûtes de verdure, à travers mille surprises et les arbres ornés de banderoles aux armes de Leurs Altesses Impériales; le temps était à souhait; c’était un délice!
« A la fin de la promenade, l’on se rendit à la salle de spectacle, fort jolie et fort ornée. On joua l'Ami de la maison , le Poète supposé , V Amoureux de quinze ans. Cette dernière pièce avait été jouée en 1770 pour le mariage du duc de Bourbon, qu’elle personnifie; la représentation se termina par un très beau ballet. Nous trouvâmes ensuite une illumination complète des jardins et un feu d artifice éblouissant; la façade du château représentait l’écusson du comte et de la comtesse du Nord.
« On soupa dans l’île d’Amour ; puis vint le bal, d une gaîté et d’un entrain que l’on ne rencontre pas ordinairement chez les princes.
<( Le lendemain, jour de chasse à courre. Ce plaisir est particulièrement goûté des princes et des princesses
•'APRÈS le paon