‹ ChantillyChapitre 47 sur 105 · C H A P 1 T R E IX · texte numérisé non relu

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républicain et sa femme, un curé de Noyon âgé de quatrevingts ans, deux mères de famille avec six ou sept enfants; une des calamités de cette prison était cette horrible promiscuité.

« Le nombre des prisonniers augmentant toujours, on résolut d'aménager le château d'Enghien1 aux frais des détenus et d’y enfermer les nouveaux prisonniers.

« La surveillance avait d’abord été confiée à la garde nationale, mais l’armée révolutionnaire lui succéda bientôt; elle fit son entrée à io heures du soir, accompagnée d’une foule hurlante qui dansait et chantait. Le gouverneur Notté fut changé; un épicier de Chantilly lui succéda; il n’exerça pas d’abord une trop grande persécution, jusqu’à ce qu’il ait eu l’idée, approuvée par les autres autorités, d’établir des tables communes. On installa donc dans la Galerie des Batailles, au petit château, une table de deux cents couverts ou plutôt de deux cents numéros, qui changeaient trois fois de convives; à une de ces tables étaient les prêtres, les célibataires; à la seconde les gens mariés et les enfants; à la troisième les isolés : c’était mon cas2. Quand la cloche sonnait, nous arrivions avec des

1 Pavillon à droite du château, bâti, comme nous l’avons dit, pour l’éducation du dernier duc d’Enghien.

2 Notes sur mes prisons, par la duchesse de Duras.

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paniers, comme à l'école; ces paniers contenaient nos couverts, gobelets, etc. Souvent le dîner précédent n’était pas fini ; on attendait debout, très longtemps quelquefois. Nous mangions de la soupe où il n’y avait que de l’eau, des lentilles comme celles que i on donne aux chevaux, des pommes de terre germées, et un ragoût très dégoûtant dont le nom n’est pas, je crois, dans le dictionnaire; on l’appelait ratatouille. On sortait de table ayant aussi faim qu’en y arrivant.

« Un jour, dînant dans cette galerie, je me rappelais les beaux tableaux des victoires du Grand Condé dont elle était autrefois ornée, les fêtes auxquelles j’avais assisté en ce lieu! Heureusement ces pensées me revenaient rarement; j'en avais de très communes qui toutes tendaient à m’assurer un peu de bien-être relatif au milieu de ces misères. »

La duchesse de Duras, espérant rejoindre ses parents détenus au Luxembourg, demanda à faire partie d’un convoi de prisonniers que l’on envoyait à Paris. Le convoi quitta Chantilly à la fin de mars 1794. C’est la duchesse elle-même qui décrit ce départ et ce voyage : « Perdrix, dit-elle, alors gouverneur de Chantilly, aussitôt l’ordre reçu, s’occupe à composer le convoi, séparant les jeunes filles de leurs mères; je fus témoin du désespoir de Mme de

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