Chapitre x
sages latéraux assez étroits qui donnaient accès dans les appartements.
11 restait encore un espace inoccupé au premier étage, à l'issue des deux passages, et précisément au-dessus du
LES RUINES DU GRAND CHATEAU DE CHANTILLY REPAREES SOUS LA RESTAURATION ET CONSERVÉES AINSI JUSQU’A LA RECONSTRUCTION DE l88o
grand vestibule du rez-de-chaussée, là où était autrefois le pont couvert par lequel l’on passait d’un château à l’autre ; sur cet emplacement s’élevèrent deux salles nouvelles, décorées dans le goût peu agréable qui présidait alors à l’ornementation des intérieurs ; la première semblait revêtue de plaques de marbre jaune et rose, reliées entre elles par des appliques de bronze (le tout n’était que des boiseries peintes) ; dans la seconde, de grandes peintures en grisaille représentaient diverses divinités.
Sur la gauche de la première salle, se voyait un salon de construction également nouvelle ; on y établit la cha-
pelle ; celle d'autrefois avait subi le sort du grand château, il n'en restait plus rien. Dans ce salon, chapelle provisoire, I on mit le bel autel que nous retrouverons plus tard dans Chantilly rebâti. La chapelle resta ainsi installée jusqu'en ibp1.
Par ces nouvelles constructions, on arrivait aux charmants salons dorés épargnés par la Révolution, la chambre de M. le Duc, le grand cabinet qui se trouve à l’angle nord-ouest du petit château, puis le salon des Singes, ainsi nommé d’après les peintures du xvme siècle qui le décorent, enfin la « galerie où sont peintes les actions de M. le Prince », ou galerie des batailles, et le salon qui la termine.
Par le salon des Singes, l’on pouvait pénétrer dans « la petite chambre », celle même qui fut habitée par le Grand Condé. Pieusement respectée par ses descendants, mais abandonnée depuis longtemps, cette « petite chambre » lut l’objet des soins du prince Louis-Joseph ; aussitôt sa rentrée à Chantilly, il l’avait fait parer de boiseries blanches et d’étoffes aux couleurs de Condé.
Au delà de la petite chambre, on voyait encore, il y a
1 A cette époque, l’autel fut recueilli au château de Chaalis par la baronne de Vatry; il y resta jusqu’à la rentrée du duc d’Aumale en France. En 1873, l'autel revint à Chantilly.
quelques années, un petit cabinet ou passage revêtu de plaques de marbre, dont une porte condamnée donnait autrefois entrée dans la chambre de M. le Duc, près du lit, ce qui permettait au prince arrivant par cette porte de se trouver en face des personnes qui avaient droit à ses audiences et à être reçues dans cet appartement, ainsi que les usages du temps le voulaient chez les princes.
Après ce petit passage, se présentait une série de salles dont on fit des bibliothèques ; les corps d’armoires en boiseries blanches qui reçurent les livres sont encore employés au même usage dans les salies basses du château.
Occupé ainsi à mettre la demeure démantelée en état d'être habitée sans trop de difficultés, le prince de Condé réclama un certain nombre d’objets enlevés de Chantilly, d’Écouen ou des autres châteaux lui appartenant, ainsi que du palais Bourbon à Paris ; ce n'est que plus tard qu’il' sera fait droit à cette réclamation. Heureusement les objets les plus précieux au point de vue des Condé, comme souvenirs de leurs ancêtres, étaient tombés en des mains protectrices des arts. Plusieurs hommes, aux plus mauvais jours de ces temps malheureux, mirent tout en œuvre pour empêcher la destruction des monuments et des
objets dignes de remarque trouvés dans les châteaux abandonnés au moment de l’exode des propriétaires, et les soustraire au pillage1.
Les princes de Condé n’avaient conservé de goût et d attrait que pour une seule chose : la chasse. Dès 1 enfance élevés très sévèrement, habitués de longue date aux plus dures privations, insensibles à ce que nous appelons le confortable de la vie, ils n’entreprirent pas de le rétablir dans leur demeure ; le château ne reçut d’autres réparations que celles qui étaient indispensables à l’habitation de chaque jour. Le luxe, ce sont les meutes, meutes pour le cerf, pour le sanglier, pour le chevreuil. Malgré le grand âge du prince Louis-Joseph, l’âge avancé du duc de Bourbon, ils sont l’un et l’autre à cheval chaque jour, non seulement dans les bois de leurs domaines, mais aussi dans les forêts de M. le duc d’Orléans, qui leur donnait le droit de chasser chez lui. Rentré de courre le cerf une bonne partie du jour, il restait encore au vieux prince le
1 Parmi ces hommes, il faut citer Alexandre Lenoir, qui fut conservateur des musées pendant la Révolution. Au prix des plus généreux efforts et même au péril de sa sûreté personnelle, il parvint à empêcher la destruction d’un grand nombre de monuments et d’objets précieux, soit en les faisant entrer dans les musées de l’État, où ils sont encore, soit en les défendant contre d’aveugles destructeurs. Son petit-fils, sculpteur de talent, est l’auteur de deux des monuments funèbres de la chapelle royale de Dreux, ceux de Caroline-Auguste de Bourbon, duchesse d’Aumale, et de sa mère, l’archiduchesse Marie- Clémentine, princesse de Salerne.