Chapitre x
temps et la force d’aller, l'hiver, tirer les halbrans sur le grand canal1.
Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, mourut à Chantilly le ij mai 1 8 1 8 , âgé de quatre-vingt-deux ans; sa dépouille mortelle repose à Saint-Denis. Très autoritaire, très entier dans ses opinions, ce prince eut les qualités de ce caractère, fidèle à ses amis, à ses principes, sans jamais fléchir; cette fidélité fut la cause de toute sa conduite pendant la Révolution. Imbu de la grandeur de sa maison, il en porta toujours haut le nom et le drapeau, supporta, avec une fermeté qui ne se démentit jamais, les pires revers, les douleurs les plus poignantes. Les années seules eurent raison de cette énergique nature.
A la mort de son père, M. le duc de Bourbon, contrairement à l’usage de sa famille, ne prit pas le titre de prince de Condé. Abattu par l’horrible attentat qui avait mis fin à la vie de son unique et vaillant fils, voyant son nom éteint, il demeurait indifférent à tout. En ce qui concerne Chantilly, le strict nécessaire lui paraît suffisant pour y habiter de temps à autre. Il maintient cependant les chasses, les augmente même encore ; c est la
1 Nous avons encore vu et connu un vieillard qui, vers 1815 ou 1 8 1 6 , était portearquebuse du prince Louis-Joseph et l’avait souvent accompagné à cette chasse. M. Adeiine, devenu dans la suite officier forestier, resta jusqu’à un âge avancé attaché aux domaines des Condé, puis à ceux du duc d’Aumale.
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seule chose qui semble éveiller en lui quelque intérêt \
L’Etat, Elisant enfin droit aux réclamations des princes de Condé, leur restitua quelques-uns des objets enlevés de leurs habitations. C’est ainsi que rentrèrent à Chantilly les tableaux de la galerie des batailles, une partie des archives de Condé, le buste en cire de Henri IV, quelques manuscrits, dont les couvertures armoriées avaient été détruites et furent remplacées à l’époque qui nous occupe; parmi les objets sortis du château d’Écouen, les quarantedeux vitraux en grisaille qui représentent l’histoire de Psyché, l’autel de la chapelle, œuvre de Jean Goujon, les boiseries aux armes et devises du connétable Anne de Montmorency, les vitraux où sont peints les enfants de ce même connétable; enfin le monument élevé à la mémoire de Henri 11 de Bourbon-Condé.
Le duc de Bourbon ne fit pas usage de ces objets ; seuls,
1 Toussenel, qui fut publiciste, homme politique, qui s'occupa d'agriculture et d'histoire naturelle, racontait qu'étant très jeune et en vacances chez des amis dans les environs de Villers-Cotterets, il lui était arrivé de suivre à pied une chasse à courre ; qu’ayant perdu la chasse, il était monté sur un arbre pour essayer de se retrouver. Tout à coup, débouchent d'une allée un homme âgé et un chien ; 1 homme met pied à terre et, passant à son bras la bride de son cheval, commence à examiner attentivement le terrain en suivant tous les mouvements du chien. Celui-ci donne de la voix ; aussitôt son maître, d’une voix retentissante, s’écrie : à Rocador ! à Rocador ! et la meute de répondre et d'accourir, et les chasseurs d’arriver. Le chien avait relevé la voie; le cerf fut pris non loin de là. Toussenel, descendu de son arbre, apprit que l’homme était M. le duc de Bourbon, avec son chien de meute favori, Rocador.