Chapitre x
Adélaïde -Eugène d’Orléans (Mme Adélaïde), sa tante \ Dès son enfance, le jeune prince montra les plus heureuses dispositions ; extrêmement intelligent, il s’attachait tous ceux qui l’approchaient. Le duc de Bourbon, son parrain, lui accorda, dès qu’il eut atteint cinq ou six ans, un intérêt particulier. Ce prince, désabusé de tout, ne voulut pas cependant rester étranger à son jeune filleul ; dans les derniers temps de sa vie, il aimait à voir l’enfant, à lui dire l’histoire de Chantilly. Le petit prince l’écoutait avec attention ; sa précoce intelligence et la mémoire, qui ne lui fera jamais défaut, garderont le souvenir intact de ces conversations et de la bienveillance du vieillard à son égard. « Je le vois, dira-t-il plus tard, je vois M. le duc de Bourbon, vêtu de l’habit gris qu’il quittait rarement, en bas de soie et petits souliers, par un rigoureux froid
1 Comme souvenir de ce baptême, on conserve à Chantilly un coffret en malachite et bronzes dorés, dans le goût fort lourd et peu gracieux de la Restauration ; ce coffret, offert par le duc de Bourbon à Mme Adélaïde, est orné de jolies miniatures qui représentent le duc et la duchesse d'Orléans, leurs enfants et Mme Adélaïde ellemême.
de janvier, dans le jardin de la Volière1, appuyé sur sa canne, m’expliquant qui jadis avait habité le château, comme il l’avait vu dans son enfance et sa jeunesse, les fêtes dont il avait gardé le souvenir, puis la destruction relativement récente ».
Jamais, en effet, le duc d’Aumale n’oublia ses premiers pas à Chantilly, ni la reconnaissance qu’il devait à celui qu’il aimait à nommer son bienfaiteur. Ce sentiment le guidera dans l’œuvre qui occupera une grande partie de sa vie et dont sa munificence a assuré la perpétuité, c’està-dire la glorification de la maison de Condé, la restauration et la prospérité des domaines qui lui furent légués.
Le i j juillet i8jO, le duc d’Aumale fut mené à Saint- Leu, où M. le duc de Bourbon recevait pour sa fête, la Saint-Henri, qui était aussi celle de son jeune filleul. Celui-ci conserva un souvenir très présent des bontés de son parrain pour lui en ce jour. 11 le vit encore le i $ août suivant, où le duc reçut à Chantilly la nouvelle reine, Marie-Amélie, sa nièce. Quelques jours après, le 27 du même mois, éclatait la nouvelle de la mort funeste du dernier des Condé, mort tragique terminant une vie tragique s’il en fut.
1 Jardin historique à Chantilly sous les fenêtres du château au nord, séparé du parc par un pont tournant sur le fossé.
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