CHAPITRE XI
Par son testament, le duc de Bourbon léguait à Henri d'Orléans, duc d'Aumale, son petit-neveu et filleul, tout ce qui lui appartenait, héritage énorme, surtout en apparence, car il était grevé de dettes que, sans exagération, on peut appeler fabuleuses.
Le conseil de tutelle du jeune prince pensa à renoncer pour son pupille aux avantages qui entraînaient de telles obligations, -le passif paraissant dépasser de beaucoup l’actif. Le conseil revint sur cette pensée en considération du très jeune âge de l'héritier, huit ans, et des biens disponibles. Longtemps après la majorité, le payement des dettes continua: mais dans son conseil de tutelle, et plus tard en lui-même, l’héritier des Condé trouva l’entente des affaires et les talents d’administration qu’il fallait pour débrouiller, mettre au net et acquitter enfin les immenses obligations dont il se trouvait chargé.
Pendant l’enfance et l’éducation du jeune prince, Chantilly resta inhabité; s’il y vint quelquefois, ce ne fut qu’en
passant, comme promenade, en récompense de son assiduité au travail. Cependant, lorsque des régiments d’infanterie se rendaient de Paris ou des environs à Compiègne, pendant les séjours du roi dans cette résidence, le prince avait obtenu qu’ils lissent halte à Chantilly, où, toujours attendus, ils étaient reçus avec honneur; car, dès son enfance, le duc d’Aumale aima l’infanterie, « la reine des batailles », comme il se plaisait à la nommer. Dès sa première jeunesse, il s’en occupait, et il continuera à l’honorer si particulièrement qu’il voudra être fantassin et regardera ce titre comme le premier des siens.
Après ces courts instants d’animation, Chantilly rentrait dans le silence et l’abandon; cependant, en 1841, le prince royal, duc d’Orléans, lui rendit la vie pendant quelques jours. On inaugurait alors les courses de chevaux à Chantilly, et, pour la première fois, croyons-nous, on y courait le « Derby1 ».
Le prince royal voulut donner à cette réunion tout l’éclat possible. Les courses d’alors n’étaient pas la fête populaire dont nous sommes maintenant témoins; c’était le plaisir d’un monde très élégant, de quelques connaisseurs et éleveurs de chevaux très émérites. Lié avec tout
1 Des aquarelles d'Eugène Lami représentent les tribunes et le champ de courses, la pelouse, en ce jour.