Chapitre xi
le monde du « sport », le prince désirait donner à la France les avantages que la sélection des chevaux de race rapportait à l’Angleterre. 11 appela à Paris les maîtres anglais en cet art, le général PeeP entre autres, et fut le promoteur de l’élevage du cheval de course en France, et des courses elles-mêmes.
En 1841, le prince royal s’établit à Chantilly au mois de mai; à cette époque aucun chemin de fer ne reliait cette ville à Paris; on y venait en poste; les petits hôtels et les maisons particulières ouvraient leurs portes aux hôtes des huit jours.
Le château ne pouvait recevoir qu’un très petit nombre d’invités; seul le château d’Enghien offrait quelques ressources de logements tels quels; ce n’est que plus tard qu’il fut restauré. Cependant le prince royal, avec la noble grâce qu’il mettait à tout, sut réunir tout ce que le monde possédait alors d’élégance, de beauté, d’esprit, les hommes de sport dont les noms sont restés célèbres, et la plupart
1 Jonathan Peel, général de cavalerie, frère du grand sir Robert Peel. Il éleva quelques-uns des chevaux de course les plus connus, et ne s’en séparait qu’avec peine; plusieurs d’entre eux finirent leur vie à un âge avancé, dans le parc de Marble Hill, habitation du général sur les bords de la Tamise, où nous les avons connus... Le général Peel était un homme d’une extrême bonté, sa droiture égalait sa bonté, ainsi que sa fidélité à ses amis. Il habitait prés d’Orléans- House, maison du duc d’Aumale, aux environs de Londres. Il fut et resta toujours l’ami de ce prince et de toute la famille royale de France exilée.
des femmes dont notre génération a pu encore admirer le charme et la grande beauté restée intacte.
Les jours qui n’étaient pas consacrés aux courses étaient donnés à la chasse à courre, malgré la saison qui paraîtrait trop avancée à nos habitudes. Un curieux tableau de Jadin nous montre, au 15 mai, le cerf à l’hallali dans l’étang de la Reine-Blanche1; l’animal n’a plus ses bois, mais seulement des « refaits2 »; une foule de voitures et de piétons se pressent dans l’étroit chemin qui borde les étangs, au grand danger des curieux, si la bête, comme il arrive souvent, s’élance hors de l’eau et remonte dans la forêt.
Pour compléter ces journées, le prince royal avait décidé des représentations théâtrales ; la Comédie-Française en donna plusieurs; les chœurs de l’Opéra, embarqués sur des gondoles pavoisées, se firent entendre pendant les entr actes au milieu des eaux illuminées.
Le charmant théâtre d’autrefois n’existait plus. M. le
1 Dans la forêt de Chantilly, ainsi nommé en raison du petit château qui domine cet étang. Ce petit édifice, dont l’élévation refaite à l’époque de la Restauration n’est pas heureuse, remonte à une date très ancienne, quant au sous-sol voûté qui en témoigne. C’était, à l’origine, une des petites forteresses qui défendaient la rivière de Thève, qui, .à cet endroit, foi me un vaste étang, divisé en quatre parties par des chaussées; le dernier est celui dont il est question ici. Le château et l'étang portent le nom de la reine Blanche de Castille, mère de saint Louis.
2 Nouveau bois du cerf.