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d’une angoisse qui ne laissait pas de place à ses griefs personnels. 11 ne songeait qu’à la France; chaque jour apportait les nouvelles de désastres sans exemples : Metz, la ville imprenable, rendue ! deux armées prisonnières ! celle qui reste, accablée par le nombre et les rigueurs d’un hiver terrible! Tout remplit de douleur le prince condamné à l’inaction. 11 ne peut la supporter plus longtemps, veut revoir son pays, être à même de le secourir, s’il est possible.
Mais voici les jours effroyables de la Commune, où, à tant d’autres douleurs, il faut ajouter celle de voir la France tourner ses armes contre elle-même. Enfin, mourante, inondée du sang de ses enfants, notre pauvre Patrie se ressaisit cependant, songe à réparer les ruines des deux guerres qu’elle vient de subir, la guerre étrangère et cette lutte fratricide qui la laisse plus blessée encore que la première.
Une Assemblée nationale est nommée, le suffrage universel y envoie deux des princes : le prince de Joinville et le duc d’Aumale. Aussitôt ce dernier appelle son fils près de lui ; si déchirée que soit la patrie, il veut que le jeune prince la connaisse, en respire l’air. Malgré tout, il espère dans l’avenir, se souvenant du cri des Bourbons au lendemain d’Azincourt, le cri chrétien et français : « Espé-
rance1 » ; il ne vent pas désespérer de la France, il n’en désespérera jamais.
Dès les premiers jours de l’arrivée du duc de Guise à Paris, son père désire lui faire voir Chantilly, lui décrire ce beau lieu comme autrefois le lui avait décrit le dernier des Condé.
Les Prussiens étaient encore dans le château ; le duc d’Aumale ne voulut pas y pénétrer2, mais il lut reconnu à l une des entrées du parc par un de ses anciens gardes ; le vieux serviteur le nomma avec une émotion partagée par le prince.
A cette époque, le duc commence à espérer pouvoir enfin exécuter ses projets concernant la restauration de Chantilly, projets préparés depuis si longtemps. 11 faut, il est vrai, que les lois d’exil soient abrogées ; il ne lui est pas encore permis de se considérer chez lui ; mais en attendant, il associe son fils à ses vues, qui n’étaient pas étrangères au
1 Discours du duc d’Aumale à l’Académie Française. — Histoire des princes de Coudé , tome V, chapitre iv.
" Le château et le pavillon d’Enghien logèrent des officiers de l’état-major prussien pendant quelques mois; lorsque le duc d’Aumale y vint vers le mois de juillet, il ne s'y trouvait plus qu’un officier supérieur et quelques sous-officiers ; dans la ville, une petite garnison fut maintenue passé le mois de septembre. Dès le commencement de l’occupation allemande, le maire, M. Petit, et le curé, l’abbé Dessaux, avaient été pris comme otages pour l’indemnité de guerre; on les conduisit jusqu’à Cologne, où ils furent relâchés. Les chevaux de l’armée allemande occupaient les écuries, et tous les bâtiments qui en dépendent servaient à la troupe.
FRANÇOIS D’ORLÉANS, DUC DE GUISE, SECOND FILS DU DUC D'AUMALE d’après JALABERT.
jeune prince, car en Angleterre, avant 1870, il les avait bien souvent entendu discuter avec les plans sous les yeux.
Ce fut un temps d’accalmie dans cette vie si tourmentée ; vivre en France avec son fils était pour le duc d’Aumale
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une indicible satisfaction ; inspirer à l’enfant l’amour et le respect de notre pays, le lui faire voir et admirer, était son bonheur.
Le jeune prince, tout en continuant ses études, revenait à Chantilly aussi souvent que possible; il y retrouvait l’aïeule, la mère de la duchesse d’Aumale, qui ne quitta jamais le duc1. La duchesse de Chartres et ses enfants y étaient aussi, en attendant d’aller en Afrique rejoindre le duc de Chartres, alors en garnison dans la province de Constantine.
La « maison » était entrée à Chantilly aussitôt après le départ des Prussiens, malgré le dénûment relatif de la demeure2, dénûment qui importait peu aux personnes royales. La simplicité de soldat qui caractérisait le duc d’Aumale lui fit de tout temps mettre le confortable de côté, très facilement.
Les jours de congé plaisaient également au père et au fils ; les heures en étaient bien employées en longues et rapides promenades à cheval qui les conduisaient dans toutes les parties des forêts, le duc voulant inspirer à son fils le goût qu’il avait lui-même pour la sylviculture. Ils visitaient encore le grand parc où se font les chasses à tir.
1 L’archiduchesse Marie-Clémentine, princesse de Salerne, mourut à Chantilly le
2 septembre 1 88 1 .
2 Le mobilier qui était en Angleterre ne revint que plus tard.