Chapitre xv
Dans la galerie, un petit salon, le Santuario , ainsi que le duc d’Aumale la nommé, donne asile aux tableaux de Raphaël, la Vierge dite de la maison d’Orléans, et les Trois Grâces , à ïEsther devant Assuérus de Filippino Lippi, et aux quarante miniatures de Jean Fouquet qui ornaient le livre d’ Heures d’Étienne Chevalier, argentier du roi Charles VII.
Dans la galerie de Peinture proprement dite, une façade est consacrée à l’école française, l’autre à l’école italienne. Un très beau buste du duc d’Aumale, par M. Paul Dubois, est placé au centre de la galerie. M. Paul Dubois est aussi Fauteur de la statue qui est dans l’église royale de Dreux sur le tombeau du duc d’Aumale : cette statue, d’une ressemblance parfaite, est couchée, à demi recouverte par le drapeau de France, que la main gauche retient sur la poitrine ; la main droite est engagée dans la poignée de l’épée. L’artiste a trouvé cette noble pensée dans son cœur, et l’a exécutée avec son magnifique talent.
Une mosaïque antique est enchâssée dans le pavé de la tour1 qui termine la galerie. Cette mosaïque vient d’Herculanum, comme celle de la salle des Gardes.
1 Les trois tours de la façade nord sont connues sous les noms de tour du Trésor, près du pont de la Volière, tour de Senlis, qui est au milieu du château et termine la galerie de Peinture, et tour du Connétable, qui est la dernière, près du grand degré.
Le plafond de la rotonde est de Paul Baudry, Y Enlèvement de Psyché ; rien n’est plus éthéré que la fine et très moderne figure de la jeune créature élevée dans les airs par Mercure. Dans la voussure sont quatre amours peints de même par Paul Baudry1.
A la sortie de la galerie, on arrive au « Logis », dont les diverses chambres sont maintenant autant de musées. La première de ces chambres s’appelle la salle Caroline, du nom de la duchesse d’Aumale; il s’y trouve, en dessus de porte, un portrait de cette princesse ; le costume est de fantaisie, mais le visage est très ressemblant et paraît propre à donner plus qu’aucun autre l’idée de la personne qu’il représente. Ce portrait a été peint par Eugène Lami vers 1847 ; il n’est pas achevé.
La salle Clouet renferme, comme son nom l’indique, bon nombre de portraits du xvie siècle ; il y en a aussi quelques-uns d’époques plus récentes. On y voit le Grand Condé peint par Téniers en 165 5, à l’âge de trente et un ans. Cette figure est empreinte de la plus noble grâce.
1 Ces amours, au nombre de douze, décoraient le salon de l’hôtel Fould, au faubourg Saint-Honoré à Paris, acheté en 1872 par le duc d’Aumale. Lorsque le duc se défit de l’hôtel, il fit transporter à Chantilly les douze amours, la Diane au repos et la Vénus qui complétaient cette décoration. Les deux déesses ont été placées dans la galerie des Cerfs, quatre des amours dans la tour de la galerie de Peinture, les huit autres répartis entre la salle Isabelle et la salle de la Minerve, où nous les retrouverons.
CHANTILLY RECONSTRUIT, FAÇADE NORD; LES TROIS TOURS DU TRESOR, DU CONNÉTABLE, DE SENLIS.