Chapitre xv
Trois portraits par Mme Vigée-Lebrun représentent Marie- Caroline, reine de Naples, et deux de ses filles : l’une, Marie-Thérèse-Caroline, impératrice d’Allemagne, l’autre, Marie-Louise-Amélie, grande-duchesse de Toscane1.
Dans le salon d’Orléans, un portrait du duc d’Aumale, par L. Bonnat, représente le prince en uniforme de général de division, debout et de face. Ce portrait a été fait en 1880; le duc ne commandait plus le 7e corps, mais appartenait encore à l’armée, et, quoiqu’on obtînt difficilement qu’il posât, il voulut cependant être représenté portant cet uniforme qu’il aimait si chèrement, par la main de l’artiste dont il admirait le talent et qui était son ami.
Près de ce portrait, il en est un de la reine Marie- Amélie aux derniers temps de sa vie ; Jalabert, si fidèle ami de la famille royale, a peint ce remarquable tableau. L’artiste, qui n’avait vu la reine que quelques instants, s’est surtout inspiré de photographies; ces circonstances ont imprimé au visage les traces de l’âge et de la fatigue,
1 Marie-Caroline d’Autriche, reine de Naples, née en 1752, fille de Marie-Thérèse, fut mariée en 1768 ,à Ferdinand IV, roi de Naples. De ce mariage naquit une très nombreuse famille; parmi ses filles, nous distinguons la quatrième, Marie-Amélie, qui devint duchesse d’Orléans, puis reine des Français, et les deux princesses représentées ici, Marie-Thérèse-Caroline, mariée en 1790 à l’empereur François, dont elle fut la seconde femme (elle mourut en 1807), et Marie-Louise-Amélie, mariée en 1790 à l’archiduc Ferdinand, grand-duc de Toscane (elle mourut en 1802).
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qu’il n’avait pas à ce degré; la reine, malgré la délicatesse de sa santé, conserva jusqu’à la fin une notable partie de sa vivacité native.
Le salon d’Orléans renferme les collections de dessins, d’estampes, d’aquarelles qui sont une des parties les plus attachantes de cet intéressant musée.
La salle Isabelle contient, entre autres tableaux célèbres de l’art moderne, le Duel apres le bal masqué , de Gérôme; il est impossible de ne pas être impressionné par la tragédie que représente cette œuvre, rendue d’un pinceau si délicat quoique si réaliste.
Tout près, un dragon de Meissonier, l’homme et le cheval en vedette, écoutant ensemble. Nous voyons encore ici deux des Amours de Baudry.
Dans la tour du Connétable, la troisième au nord, se trouve la salle de la Minerve, nommée d’après le bronze que le duc d’Aumale appelait le joyau du Musée Condé. Cette merveille antique, trouvée aux Graviers blancs dans les environs de Besançon, fut acquise par le prince à la vente de la collection Pourtalès, dont elle faisait partie dès sa découverte au commencement du xixe siècle. Le beau vase de Nola et de fines terres cuites de Tanagra ont leur place dans la même vitrine. Les six derniers Amours de Baudry ornent cette salle.
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Le petit salon qui vient ensuite est connu sous le nom de salle de la Smalah ; un dessin représentant le fait d'armes du 16 mai 184} lui a donné son nom. Une réduction du tableau d’Horace Vernet, le Roi Louis- Philippe entouré de ses cinq fils à la grille du château de Versailles x, est placé dans ce salon, où sont encore, parmi les plus remarquables, le beau tableau de Détaillé, le Colonel Lepic à Eylau , et une très belle aquarelle du peintre anglais Lawrence, dont les œuvres sont rares en France; cette aquarelle, portrait de l’empereur François 1er d’Autriche, père de Marie-Louise, est une réduction de la grande peinture que possède le château de Windsor. Cette aquarelle appartenait à F archiduchesse Marie-Clémentine, princesse de Salerne, fille de l’empereur François et mère de la duchesse d’Aumale.
Dans la galerie du Logis on a réuni, outre le dessin de la Joconde, les cartons de Raphaël pour les tapisseries d Hampton-Court, des plans anciens intéressants, et une série de portraits des xvie et xvne siècles.
Sur les murs du vestibule qui termine cette galerie, on a gravé l’extrait du testament par lequel le duc d’Aumale a légué Chantilly à l’Institut de France : « Voulant conserver il la France le domaine de Chantilly dans son intégrité,
1 Cette réduction est de Perrault.
avec ses bois, ses pelouses, ses eaux, ses édifices et ce qu’ils contiennent, trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art, tout cet ensemble qui forme comme un monument complet et varié de l’art français dans toutes ses branches et de 1 histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d'en confier le dépôt à un corps illustre qui m’a fait l'honneur de m appeler dans ses rangs, et qui, sans se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l’esprit de faction comme aux secousses trop brusques, conservant son indépendance au milieu des fluctuations politiques ». Grandes et hautes pensées, nobles sentiments noblement exprimés !