Chapitre x v i
tout ce qu'il renferme, intéressa beaucoup la royale famille; comme à l’ordinaire, le prince en fit les honneurs avec autant de bonne grâce que de savoir.
Quelques mois plus tard, le duc de Bragance, maintenant roi de Portugal, venait, en France pour demander la main de la princesse Amélie, fille aînée de M, le comte et de Mme la comtesse de Paris ; c’est à Chantilly que la jeune princesse accepta sa bague de fiancée. Elle fut mariée à Lisbonne le 22 mai 1886 ; tous ses parents l’y avaient accompagnée.
Cette année 1886 marque une date funeste pour les princes de France : non seulement l’exil frappe de nouveau les aînés des familles ayant régné sur notre pays, mais une loi raye des cadres des armées de terre et de mer tous ceux de ces princes qui en tout temps se sont dévoués pour la France, sans même épargner les plus jeunes, qui se préparaient à se consacrer à la patrie comme leurs aînés.
Devant l’application de cette loi, la douleur et l’indignation qui remplirent l’âme du duc d’Aumale se firent jour dans une lettre célèbre. Comme il l’avait prévu, elle attira sur lui un nouvel exil ; mais cette peine toujours si amère lui semblait supportable en comparaison de celle qu’infligeait à sa famille et à lui-même cette loi inique. Puis le calme revient : le prince se possède en tout et
toujours, plaint la France sans jamais l'accuser, et envisage l’avenir.
Rien ne permettant d’assigner un terme à ce bannissement, le duc d’Aumale ne saurait accepter la privation de tout ce qui remplit les heures solitaires de sa vie, ses livres, les tableaux sur lesquels il aime à reposer ses yeux et sa pensée. Espérant, à l’aide d’un travail assidu, calmer son esprit, ses infinis regrets, attendre l’avenir, il s’entoure de toutes ces choses qui lui sont familières; sa précieuse bibliothèque, la plupart des tableaux le suivent pour l’aider à supporter les jours d’exil.
Le duc d’Aumale revient seul là où tout lui rappelle les êtres chers dont autrefois la présence adoucissait ses tristesses ; mais son énergique nature surmonte ses sentiments. Par la pensée, il voit Chantilly redevenu désert; forcé d’abandonner sa demeure, il ne cesse pas cependant de s’en occuper. Après les vives émotions qu’il vient d’éprouver, il croit sa santé atteinte, et se décide à rendre public l’acte accompli depuis deux années (1884J, et par lequel il lègue Chantilly à la France en le confiant à l’Institut ; les moindres détails de cette donation sont réglés par lui-même. 11 était digne de lui de répondre ainsi à l’ostracisme qui le frappait.
Tout à coup, un décret signé par M. Carnot, alors