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ne voulait prendre aucun engagement avant que le mariage ne füt consommé. Elle n'avait peut-être pas tort, mais sa défiance offusqua le connétable, en même temps que le refus de la comtesse contrariait ses combinaisons ; il se fâcha et laissa échapper ces mots : « Je lui rendrai sa fille ». Une nouvelle discussion s’éleva au sujet des articles du contrat de mariage ; cette fois, c'était trop, et le mécontentement du connétable ne connut plus de bornes ; il parla de rupture, et s’en fut à Mello le 20 août, laissant M° de Chemillé et sa fille affolées à Chantilly, qu’elles quittèrent le lendemain pour n’y plus revenir. Les deux parties observèrent pendant six mois une réserve réciproque, coupée de rares et banales entrevues ; puis Henri IV brusqua le dénouement.
Dès le mois de mars 1610, la guerre était résolue. Le roi tint à régler toutes ses affaires avant de s'éloigner de la capitale pour se mettre à la tête des armées; il composa le conseil de régence, donna ses ordres pour le sacre de la reine, et voulutenfin que le mariage de sa fille de Vendôme fût conclu et consommé. Le petit duc de Longueville n'avait que treize ans, il fut écarté; et le roi se retourna vers son compère : le vieillard se rendit. Sous la pression royale, l'enquête fut menée rapidement ; le 20 avril, l’official de Paris prononcça la dissolution du mariage ; les deux jeunes époux avaient comparu devant le tribunal ecclésiastique, mais « séparément et avec peu de bruit ». Le même soir, le petit Montmorency soupait
à Saint-Germain et offrait son service à Me de Vendôme ;
elle avait quatorze ans, il en avait quinze. Le connétable
arriva de Chantilly le 5 mai; on l’attendait pour rédiger le
contrat de mariage. Un premier obstacle surgit du côté
de M"*° de Longueville ; elle s'inclinait devant la volonté
du roi et consentait à la rupture du contrat passé en
1608 au nom de son fils, mais elle entendait en tirer
bénéfice et posait des conditions. Puis les derniers préparatifs du sacre de la reine absorbèrent tous les moments. Enfin, le 14 mai, Henri IV fut frappé par le couteau de Ravaillac ; le mariage de sa fille tomba du même coup. Les soucis qui attristaient la vieillesse du connétable ne lui faisaient pas négliger Chantilly. L'attention qu'il prenait aux moindres détails de l’embellissement de sa maison le divertissait pour un temps de ses inquiétudes paternelles, adoucissait l’amertume de ses pensées. Au mois de mars 1610, alors que se préparait le démariage de son fils et que sa fille était en quelque sorte prisonnière à Bruxelles, il s'intéresse à la pêche des étangs et fait réserver les plus belles carpes pour les mettre dans « le petit fossé de la Volière », sous les fenêtres de sa chambre. Il surveille l’arrangement de la fontaine des Cerfs, la correction du parterre du Roi, s'inquiète de ses paonnes blanches et de ses faisans argentés. Si la mort du roi lui apporte d'autres préoccupations, par contre elle renverse un mariage accepté de mauvaise grâce, et surtout elle lui rend sa fille, la jeune princesse de Condé ; ce fut une grande joie pour le vieillard dela revoir à Chantilly. En 1611, le connétable s'amuse à la décoration de la galerie située entre la cour basse et le jardin de Ja Volière ; il voulut y faire représenter ses grands chevaux, et confia le travail à son peintre ordinaire, Guillaume Heaulmé. Quelques lettres de cet artiste ont été conservées ; dans la première, datée de l'hôtel de Damville, à Paris, le 28 mai 1508, il propose « de commencer la chapelle que Votre Grandeur désire, peinte toute à l'huile de belles histoires ». On peut sans doute l’idenüfier avec le peintre qui décorait, en 1606, la salle du logis du parc à Chantilly. Il travaillait aussi dans l'hôtel
de Montmorency à Paris. Toutes ses œuvres ayant
disparu, il est impossible d'apprécier son talent. Le
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30 mai 1611, Heaulmé vient à Chantilly pour recevoir
les instructions du connétable; les paiements effectués de juin à novembre indiquent un important travail, dont l'exécution prit plusieurs mois. Ces peintures sont mentionnées dans la Réception véritable faicte par le Roy à Monseigneur le prince de Condé au chasteau de Chantilly le dimanche vingtiesme d'octobre mil six cens dix-neuf :
Et à la fin sont venus dans une petite salle dans laquelle il y a quatre tableaux où sont dépeints quatre beaux chevaux barbes, sur le premier desquels, qui est sous poil bai, est dépeint Henri le Grand ; sur le second, feu Monsieur le Connétable, tenant son épée en sa main; et les deux autres sans selles, l’un desquels est gris pommelé, et l’autre sous poil bai ».. En 1679, les tableaux furent réparés et rentoilés par le peintre Charles Mauperché ; il est probable qu'ils restèrent à Chantilly pendant le xvin® siècle et qu ils furent victimes de la Révolution.
L'année 1612 fut marquée par l'érection, sur la grande terrasse, d’une œuvre de sculpture fort remarquable, la statue équestre du connétable, dont J. Picart exécuta aussitôt une très belle gravure. La date de 1612 est donnée par l'inscription que portait le piédestal. Gravure et inscription furent publiées en 1624 par André Duchesne dans l'Histoire généalogique de la maison de Montmorency. Une lettre de Pierre Biard, adressée au connétable le 3 mars 1607, agite le prix à établir « pour votre représentation de bronze que désirez être mise et posée sur
votre cheval de bronze dans le mitan de votre château
d'Écouen ». Le connétable possédait donc un cheval de bronze, probablement d’origine italienne, qu’il voulait utiliser pour son effigie équestre, comme Richelieu fera mettre plus tard, précisément par le fils de Biard, la statue de Louis XIII sur un cheval de Daniel de Volterra. La lettre de Biard mentionne Écouen ; mais l’on ne voit pas
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que pareille statue ait jamais figuré à Écouen : entre la conception et la mise en place, l’œuvre a pu changer de destination. En 1612, Biard était mort depuis trois ans; on peut croire que le travail fut terminé par son fils. Cette effigie du connétable Henri fut décrite par Dargenville un siècle et demi plus tard : « Cette figure n’est point de bronze, elle n'est composée que de morceaux de cuivre de platinerie », c’est-à-dire de pièces fabriquées séparément, puisassemblées. Détruiteau mois d'août 1792, elle a été remplacée en 1886 par la statue équestre du connétable Anne, œuvre magnifique de Paul Dubois. Après avoir été fiancé deux fois, le jeune Montmorency restait à marier; Marie de Médicis proposa et fit agréer sa parente Marie-Félice Orsini, fille de Virginio, duc de Bracciano. Le contrat fut signé à l'hôtel de Condé le 26 novembre 1612. La jeune fille n'avait que treize ans, aussi ne fut-elle amenée en France que l’année suivante ; le mariage fut célébré à Paris à la fin de juillet 1615. Quelques jours plus tôt (16 juillet), le connétable s'était démis de la duché-pairie de Montmorency en faveur de son fils, déjà pourvu de la charge d’amiral que Damville avait résignée (17 janvier 1612). Puis le vieux soldat dit adieu à son cher Chantilly, et se rendit en Languedoc pour y finir ses jours. Il attendit la mort dans sa maison de la Grange-des-Prés, proche de Pézenas ; c’est là qu'il avait fermé les yeux de sa première femme et des deux fils qu’elle lui avait donnés. Il conserva jusqu’au dernier moment son courage et sa lucidité. Lorsqu'il se vit à l'extrémité, il se fit revêtir de l’habit de capucin, et s’éteignit paisiblement le 2 avril 1614, âgé de quatre-vingts ans. Selon sa volonté, son corps fut inhumé dans l’église du couvent de Notre-Dame du Grau, qu'il avait fondé près d'Agde; son cœur fut déposé dans la sépulture de ses ancêtres, en l'église Saint-Martin de Montmorency.