‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 21 sur 91 · LES CONDÉ. — LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LES CONDÉ. — LOUIS XIV

toHénri de Montmorency se montra le digne successeur à des deux connétables. Tous les contemporains ont loué 1 sa jeune beauté, sa noble prestance, sa bravoure extrême, son esprit chevaleresque, sa générosité. Il prit une part active aux guerres religieuses de 1627 à 1625 ; amiral de | France, il battit la flotte de Soubise devant La Rochelle. | 4 Si, pour plaire à Richelieu, il lui vendit la charge d’ami- | ral, d’autres services de guerre lui valurent, à l’âge de trente-cinq ans, le bâton de maréchal. Son mariage avec Marie-Félice Orsini fut le début d’une longue et fraîche idylle qui ne fut tranchée que par la mort; rien de plus CS

touchant que l’amour passionné de ces deux jeunes époux, comblés des dons de la nature et de la fortune, et dont 1 FER cependant le bonheur ne fut jamais complet, car l'enfant | tant désiré ne vint pas; mais la reconnaissance des hommes de lettres honorés de leur protection a plus fait pour leur mémoire que la plus brillante postérité. Théophile de Viau s’attacha vers 1615 au duc de Montmorency, qui, dit Tallemant, « brave, riche, galant, libéral, dansait bien, était bien à cheval, et avait toujours des gens d'esprit à ses gages qui faisaient des vers pour lui, qui l’entretenaient d’un million de choses, et lui disaient quel jugement il fallait faire des choses qui cou-

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raient en ce temps-là ». Une ode du poète, adressée à son noble patron, nous le montre comme un client d’une allure assez libre :

Je ne puis être esclave, et vivre en te servant Comme un maître d’hôtel, secrétaire ou suivant. Telle condition veut une humeur servile,

Et pour me captiver elle est un peu trop vile…. Or je suis bien heureux sous ton obéissance :

En ma captivité j'ai beaucoup de licence,

Et tout autre que toi se lasserait enfin

D'’avoir si librement un serf si libertin.

Libertin, Théophile l'était dans un autre sens ; ses vers et sa conduite offensèrent plus d’une fois et Dieu et la morale. En 1619, des lettres de cachet du roi ordonnèrent au poète de sortir du royaume ; il se dirigea vers le Midi, et s'arrêta en Languedoc, où la protection du ducgouverneur lui permit de séjourner pendant dix-huit mois sans être inquiété, en attendant le pardon et la permission de revenir à Paris. La publication du Parnasse satyrique (1623), à laquelle le nom de Théophile était attaché, quoique sans son aveu, souleva une véritable tempête. Des poursuites furent dirigées contre Théophile, Colletet et Berthelot, et le duc de Montmorency crut devoir tout d'abord cacher son client à Chantilly. Il y fut accueilli avec indulgence par la jeune duchesse, dont la grâce et la vertu le subjuguèrent. Elle admit dans sa compagnie le vilain pécheur dont son confesseur lui disait certainement pis que pendre, mais dont sa foi candide espérait obtenir la conversion; au reste, elle n'avait pas lu les poésies obscènes dont le Parnasse satyrique était émaillé ; elle ne voyait en Théophile qu’un malheureux persécuté, et certes injustement, puisque son cher mari le couvrait de sa protection.

Théophile fut logé dans la « maison du parc » que le

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