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on ne pourra pas appeler lâcheté de souffrir quelque chose pour obéir au commandement de V. À... ». La contre-partie fut donnée six jours après par son camarade Sévigny, qui se plaint amèrement des insultes et des persécutions dont le poursuivent Du Rieu et sa femme : « Ils nous traitent, ma femme et moi, comme les dernières gens du monde... Ils ont battu et maltraité ma servante... Il me dit que j'étais un coquin et un impertinent; me sentant outragé de la sorte, j'eusse eu peine à dissimuler mon ressentiment s'il eût eu une épée... ». On s’imagine difficilement le Grand Condé jouant le rôle d’arbitre dans les querelles qui agitaient sa troupe, car on n'avait jamais compté la patience au nombre de ses qualités ; il faut donc accepter pour véridique l’éloge que lui décerne un contemporain : « M. le Prince s’étudie lui-même et réforme son caractère ».
On ne peut parler d’un Condé à Chantilly sans dire un mot de la chasse. En raison de ses infirmités, le Grand Condé avait dû renoncer à l'exercice du cheval, et par conséquent à la chasse à courre ; son fils ne consacrait à Chantilly que les rares journées qu’il pouvait dérober à ses devoirs de courtisan, et soignait la fortune de la maison auprès de Louis XIV, dont une fille naturelle, M'° de Nantes, épousa le duc de Bourbon en 1685. Les cerfs de Chantilly étaient abandonnés aux veneurs du voisinage, M. de Verneuil, l’abbé de Royaumont, celui d'Hérivaux. La destruction des lapins était louée à un entrepreneur. Les biches et les marcassins, tués par les gardes, servaient à l’alimentation de la maison, ou étaient envoyés à Paris aux familiers du prince : gracieuse façon de faire des politesses et de reconnaître des services. Il ne restait à Chantilly que quelques chiens pour le renard et le loup. La chasse à tir demeura parfaitement entretenue ; trois faisanderies étaient établies à Chantilly même,
à la Vignette de Pontarmé et dans l’enclos de Commelles, au bout des étangs; monté sur une haquenée, le prince pouvait tirer le faisan et la perdrix. Mais il aima surtout la chasse au vol, qui l’amusait sans exiger d'effort physique, et l’on peut dire que Louis XIV et lui furent les derniers fauconniers de France. Il eut aussi grand soin de peupler d'animaux rares le parc et les étangs, aussi bien que la ménagerie du petit parc (près de Sylvie) et celle de Vineuil. Dès 1663, il fait venir de Hollande, des côtes de Boulogne et de Normandie, de Belle-Isle et d’ailleurs, des oiseaux de mer et de rivière : canards, sarcelles, paons de mer, courlis, oies d’Inde, d'Égypte et du Canada, cygnes, corneilles à bec rouge, outardes, poules de Barbarie, cigognes, paons blancs, hérons rouges, oiseaux des îles, un aigle, une autruche, un pélican, etc. Les canaux recoivent des truites, des carpes dorées et argentées envoyées de Bourgogne. Parmi les quadrupèdes rares, citons des lapins et des lièvres blancs, des buffles, un chamois, et surtout des cerfs et biches à nez blanc que Louis XIV donne à Condé en 1673. Tous les familiers du prince sont à l'affût pour satisfaire ses goûts; en 1682, Bernard Lenet, abbé de la Victoire, achète pour lui un coq de Virginie et surtout « une petite guenon, fort douce et fort jolie, qui réjouira le pauvre singe de Votre Altesse ». Les successeurs du Grand Condé donneront à la Ménagerie une énorme extension. L’embellissement du parc et du domaine marche de pair avec l'ornementation de la maison. Le mobilier des Montmorency était riche, et la collection de tapisseries était des plus précieuses. Condé s’attacha surtout à augmenter la galerie de peinture; de Flandre, il rapporta deux beaux Van Dyck qui sont encore à Chantilly ; il fait des achats en Hollande, et Luxembourg lui écrit d’'Utrecht, le 3 novembre 1673 : « Vos tableaux et vos porcelaines
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ne marcheront que sûrement ». Il commande à Le Brun É le sujet de Vénus et Vulcain, à Mignard celui de Persée et Andromède : il encourage d’autres artistes, français et étrangers ; Vander Meulen, Pérelle, Joubert, Berain, Cornelis Bega, Levinus Cruyl, Emmanuel de Witte, et tant d’autres dont le nom est tombé dans l'oubli. À j Bruxelles, David Téniers avait fait son portrait en 1653, fo, Juste d'Egmont en 1656; en France, Coysevox exécuta vers 1670 l’admirable buste en terre cuite qui décore aujourd’hui la bibliothèque de Chantilly, puis, en 1686, cisela le splendide médaillon en bronze doré placé dans le trophée de la galerie des Batailles. Un amateur pari-
sien, nommé Passart, suivait les ventes et signalait au : prince les acquisitions à faire; le goût allait alors aux 4 tableaux italiens, et nous rencontrons les noms de Paul 1 Véronèse, du Guide, de l’Albane, des Carrache, etc. Enfin \ Condé, qui se refusa toujours à dicter ses mémoires, vou- | k lut fixer par la peinture les actions militaires de sa glo- 4 rieuse carrière, et un élève de Vander Meulen, Sauveur Lecomte, reçut la commande des grandes toiles qui déco- | 1 rent la « galerie où sont peintes les actions de M. le 4 Prince ». Commencée du vivant du Grand Condé, la série ki
ne fut terminée que six ans après sa mort.
La dernière visite que Louis XIV fit à son glorieux cousin eut lieu le 8 juin 1684; le roi avait répondu à Pinvitation du prince par ce billet autographe, écrit le 5 à ue.
» e . . , >, x ‘41 Péronne : « Mon cousin, je suis fort persuadé de la joie de que vous a donnée la nouvelle de la prise de Luxembourg 3) et de tous vos bons sentiments pour ma personne et pour ‘1 mon service ; je vous en assurerai dans peu plus particu-
lièrement, puisque je serai à Chantilly aussitôt que cette lettre; et je puis dire par avance que, quelque plaisir qu'il y ait à voir une si belle maison, je m'en fais un 14 beaucoup plus grand de ce que je vous y verrai vous-
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même. Cependant je prie Dieu de vous avoir, mon cousin, en sa sainte et digne garde. Louis ». Le 8 juin, le duc et la duchesse d'Orléans étant arrivés de bonne heure, « M. le Prince reçut le roi à la porte du château, et, quoiqu’il fût fort incommodé, son visage ne laissait voir que des marques de la joie qu'il ressentait. Sa Majesté l’embrassa quatre fois... ». Le roi s’enferma quelques heures pour travailler, « puis il prit le divertissement des eaux » sous la conduite de M. le Duc, qui lui montra le réservoir, les jets d’eau, les cascades et la machine élévatoire : « Le roi en loua beaucoup le travail et fut fort content de tout ce qu'il vit. On rentra ensuite dans les apparte-
ments, où l’on admira la beauté des meubles, qui sont.
aussi riches que bien entendus. Le roi soupa avec Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Monsieur, Madame, Madame la Duchesse, Madame la princesse de Conti, M'° de Bourbon et Me de Nantes », qui devait épouser, l’année suivante, le petit-fils du Grand Condé. « La symphonie fut charmante et fit le plaisir de la soirée » (Mercure). Condé avait fait venir de Paris sept musiciens du roi, dirigés par Philidor; chacun d’eux reçut 6 pistoles ou louis d’or, soit 66 livres.
Cet envahissement de Chantilly par toute la cour avait montré une fois de plus l'insuffisance des appartements et la nécessité de remanier le vieux manoir des Montmorency. M. le Prince voulut se borner tout d’abord à utiliser le petit château en l’affectant au logement de sa famille. Mansart fut appelé à l’automne de 1684, et les travaux furent entrepris l’année suivante. L’aile du fond (entre la cour et le jardin de la Volière), dont le rez-dechaussée était une galerie, fut entièrement modifiée, et élargie du côté de la cour, avec une nouvelle façade. Le premier étage fut consacré à l'appartement du Grand Condé, suivi de la galerie des Batailles ; le rez-de-chaus-
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